Partie I - TOULOUSE et l’Histoire : il y a 80 ans, la Résistance libère la ville. Visite guidée inédite - anniversaire hommage.

En ce mois de mai 2024 qui débute, c’est les quasi 80 ans d’une date anniversaire historique qui se profile puisque le 8 mai 1945 marque la fin de la Seconde Guerre mondiale, la victoire des forces alliées sur l’Allemagne nazie.

Et si nous l’évoquons dès aujourd’hui c’est parce que cette année correspond en revanche au 80 ans de la libération de TOULOUSE (qui fut avec LYON, en « zone libre » également, l’autre capitale française de la Résistance durant l’occupation germanique).

Ce sera le 19 août précisément.

Mais cet anniversaire mémorable nous semble devoir être légèrement anticipé tant le mois de mai est un véritable renouveau, et pour ceux de cette époque (44 et 45) un véritable printemps de l’Europe et du monde, une renaissance.

Pour ce faire, parce que notre activité de chasseur immobilier nous conduit au quotidien à arpenter la Ville rose, à sillonner ses rues en quête d’appartements ou de maisons pour nos clients en recherche d’un logement, nous vous proposons une petite visite insolite de TOULOUSE.

En l’occurrence, un parcours rendant hommage aux soldats de l’ombre - ou à quelques figures emblématiques entrées dans l’Histoire du XXe siècle - ayant contribué, parfois au sacrifice de leur vie, à ce que des générations de toulousaines et de toulousains puissent vivre en paix.

Véritables héros et héroïnes, ici ou là, une plaque commémorative leur est dédiée pour ne pas oublier la grandeur de leur dévouement, leurs exploits ; une stèle rappelle leur courage pour ne pas dire leur bravoure et plusieurs rues, avenues, allées ou places de la ville portent leur nom.

Leur mémoire ne saurait être oubliée, leurs actions ne doit cesser d’être mis en avant tant ils furent des exemples…

Comment, du reste, pourrait-il en être autrement dans un monde actuel en mutation, fait d’incertitudes, y compris au sein d’états démocratiques occidentaux que l’on pensait épargnés « à jamais » des pires extrémismes, alors que la guerre frappe à nouveau en Europe, où le risque d’un conflit armé plus généralisé n’est pas/plus à banaliser.

La cartographie urbaine de la Résistance toulousaine que nous proposons invitera peut-être certaines et certains à découvrir ou redécouvrir notre chère Cité des violettes, des lieux/informations méconnus… alors même que nous les côtoyons régulièrement depuis des années, à apprendre que des noms (de rue surtout) banals dans notre quotidien méritent en fait considération, pour ne pas dire admiration, reconnaissance… éternelle.

En prémices en cette déambulation originale dans la ville, pour que la visite est du sens, voici un « bref » retour contextuel au cœur des années sombres de la guerre.

TOULOUSE occupée par l’armée allemande.

Le 11 novembre 1942 l’armée du IIIe Reich franchit la ligne de démarcation et envahit la zone sud, prétextant le débarquement allié en Afrique du Nord.

Et en arrivant à TOULOUSE, comme dans toutes les agglomérations qu’elle va occuper, la Wehrmacht réquisitionne les principaux édifices de la ville, ainsi que divers grands immeubles toulousains et certains hôtels du centre-ville.

Parmi ces bâtiments, il en est un particulièrement symptomatique de ce que la milice SS et la Gestapo feront de pire : la prison Saint-Michel (du quartier éponyme).

La terrifiante police secrète nazie y monopolise deux à trois ailes (à ce jour, les recherches et archives ne permettent pas de savoir avec exactitude ce qu’il en est, les allemands ne détenant pas de registre d’écrou) qu’elle exploite en centre de détention (puisqu’elle est historiquement le milieu carcéral toulousain), mais aussi en un lieu de sinistres simulacres de procès et d’horribles exécutions.

Marcel LANGER, chef de la 35e Brigade des FTP-MOI - les Francs-Tireurs et Partisans issus de la Main-d’œuvre Ouvrière Immigrée (voir infra) -, y est ainsi condamné à mort par un tribunal de VICHY et ensuite guillotiné le 23 juillet 1943 dans la cour d’honneur.

D’autres, bien trop nombreux, seront fusillés.

Les cellules sont en effet vites surpeuplées, notamment pendant l’hiver 1943-1944 où les arrestations se multiplient.

La législation antisémite du régime vichyssois y est pour beaucoup puisque les juifs étrangers d’une part et, sous décision des préfets, les juifs français d’autre part sont fait prisonniers.

Les rafles ne cessent de s’intensifier et outre les vieillards et les adultes malades, même les enfants sont incarcérés avec leurs parents dans cet établissement pénitentiaire qui devient rapidement une simple étape vers les camps d’internement (par exemple, ceux de NOE et RECEBEDOU en Haute-Garonne, celui de BRENS dans le Tarn, celui de SEPTFONDS dans le Tarn-et-Garonne, celui du VERNET en Ariège et celui de BRAM dans l’Aude), puis les terribles camps de concentration - dont certains d’extermination - en Allemagne (RAVENSBRUCK, SACHSENHAUSEN, BUCHENWALD, DORA-MITTELBAU, LICHTENBURG, ORANIENBURG, ESTERWEGEN, NEUENGAMME, BERGEN-BELSEN et DACHAU), en Pologne (CHELMNO, BELZEC, SOBIDOR, TREBLINKA, AUSCHWITZ-BIRKENAU et MAJDANEK) ou en Autriche (MAUTHAUSEN et GUSEN)…

Tel fut le sort du champion de natation Alfred NAKACHE - recordman du monde du 200 mètres papillon - enfermé avec sa femme Paule et leur fille de deux ans après avoir été dénoncé comme juif à la Gestapo. La famille sera déportée à AUSCHWITZ dont seul Alfred reviendra, squelettique, pesant 40 kilo… la moitié de son poids d’avant-guerre.

Les cachots de Saint-Michel se vident ainsi très régulièrement au rythme de trains inhumains s’élançant de la gare Raynal où sont transportés les prisonniers dans des camions bâchés.

Parti de TOULOUSE le 3 juillet 1944, le plus tristement célèbre de ces funestes convois, surnommé le « Train fantôme », conduira entre juillet et aout environ 800 innocents jusqu’aux chambres à gaz de DACHAU (s’arrêtant entre autres, après un détour à BORDEAUX, à NIMES, SORGUES, MONTELIMAR, VALENCE, LYON, DIJON, NANCY, METZ, SARREBRUCK… autant d’escales vers l’horreur dont seuls rechaperont quelques prisonniers parvenus à s’extirper de ce cauchemar par le plancher des wagons à bestiaux où ils étouffaient, entassés).

Un mois et demi plus tard la donne change.

Malgré des parachutages d’armes toujours insuffisants, une organisation manquant de coordination et d’homogénéité, la Résistance bénéficie en effet d’un contexte alliée favorable, tire enfin les fruits d’un travail de sape aussi constant et diversifié que courageux (renseignement, espionnage, propagande, noyautage, cache, passage, évasion et libération, grève, sabotage, coup de mains, embuscade, attentat, attaque de bâtiment et moyen de transport, guérilla, etc.)… depuis fin 40.

A TOULOUSE, c’est d’ailleurs le 5 novembre 1940 qu’à lieu le 1er acte de résistance, en l’occurrence au 13 rue Alsace Lorraine par un lâcher de tract des toits appelant, au passage du cortège du Maréchal PETAIN en visite dans la capitale régionale, à la lutte contre le régime collaborationniste de VICHY, auxquels beaucoup de français se sont ralliés.

13 rue Alsace-Lorraine - 1er acte de résistance à Toulouse

Et par la suite, pour l’armée de l’ombre toulousaine (comme pour tous les combattants clandestins agissant au péril de leur vie sur l’ensemble du territoire), résister ce conjugue au quotidien par de multiples actes (énumérés ci-dessus) en apparences « minimes » pour certains - bien que hautement dangereux - et héroïques pour d’autres - synonymes de risques absolus - qui, mis bout à bout, enrayent la machine répressive nazie… à l’instar, par exemple, de l’embuscade du 2 janvier 1944 dans lequel tombe Basil MESSAKSUDI dit MESSAK, membre éminent de la Gestapo officiant à TOULOUSE (grâce à Pierre SAINT-LAURENS, agent infiltré du réseau de contre-espionnage Morhange, son chef Marcel TAILLANDIER décide d’intercepter ce SS haut gradé qui vient d’être muté à NICE pour mater la Résistance italienne. A une quinzaine de kilomètres de la ville, sur la route nationale 113, entre DEYME et MONGISCARD, au carrefour des Monges, quatre résistants déguisés en gendarmes ont ainsi dressé un barrage. Ils arrêtent sa Traction Avant et le tuent ainsi que les autres occupants du véhicule ; de nombreux documents secrets sont alors récupérés dont un organigramme de la Gestapo toulousaine couplé à une liste de collaborateurs et de délateurs travaillant pour elle…).

La lutte est donc acharnée, la répression toujours féroce, mais le début de l’été 44 marque néanmoins, progressivement, un tournant aux termes duquel les résistants toulousains parviennent à sortir la ville de l’enfer dictatorial allemand.

TOULOUSE libérée du joug nazi.

Le 19 août 1944 et les jours qui suivent mettent fin à environ deux années de privation, l’occupant germanique, ne pouvant plus faire que marche arrière, bat en retraite.

Chronologie historique.

Préfigurant cette journée exceptionnelle, une majorité d’agglomérations de la zone toulousaine et de ses environs sont progressivement reprises par les maquisards, libérées des garnisons allemandes qui doivent se redéployer au Nord de la France.

En effet, suite au débarquement des forces alliées du 6 juin 1944 en Normandie et du 15 août 1944 en Provence, les troupes du Troisième Reich cantonnées dans la région doivent évacuer la ville sous peine d’être encerclées et capturées… c’est pour elles le début de la fin.

Ce résultat est le fruit, préalablement, d’accord entre les divers mouvements de résistance intérieure qui ont réussi à se lier, tout au moins à se coordonner un minimum en mettant de côté leurs différences idéologiques, et donc à se préparer en bataille (globalement) rangée.

Figure de cette unification et de cette organisation des maquis, catalyseur du rassemblement toulousain, fin négociateur, le jeune Colonel Serge RAVANEL - en liaison avec Jean-Pierre VERNANT… professeur de philosophie « le jour », chef d’État-Major insurrectionnel pour la région « la nuit » - est désigné comme le responsable des Forces Françaises de l’Intérieur (les F.F.I. créées en mai 1944, conformément au programme du Conseil National de la Résistance - CNR présidé par l’illustre Jean MOULIN - qui œuvre au rassemblement des mouvements résistants en vue de « Lutter contre l’envahisseur et les traîtres de Vichy », réunissent les principales forces combattantes de la Résistance sous l’autorité du Général KOENIG en zone Sud) de la grande région toulousaine.

FFI de Toulouse - Région 4 - R4

Celle-ci, la R4, regroupent :

-    les Francs-Tireurs et Partisans Français : FTPF (ou FTP) dirigés par Georges DELCAMP qui rassemblent environ 16000 combattants en R4, parmi lesquels participent les FTP-MOI : les Francs-Tireurs et Partisans issus de la Main-d’œuvre Ouvrière Immigrée regroupant des étrangers communistes vivant en France, tel Missak MANOUCHIAN (voir la fin de ce billet sur ce célèbre résistant étranger et tous ceux, comme lui, si importants dans le combat pour la liberté).

-    l’Organisation de Résistance de l’armée : mis en place en région toulousaine par le colonel PFISTER (dit « Jean-Marie » ou « Marius »), son commandement est confié à André POMMIES (saint-cyrien, spécialiste des renseignements, ce chef militaire dans l’âme a créé fin 1942 le Corps Franc Pyrénéen - CFP) ; l’ORA dispose d’environ 9400 hommes en aout 44,

-    les Corps Francs de la Libération : Marcel DEGLIAME (alias « Fouché », représentant du mouvement Combat au Conseil National de la Résistance) est à la tête des CFL qui intègre en avril 1944 l’Armée Secrète (AS), différents maquis, l’Action ouvrière (AO) et Résistance-Fer, soit environ 14 000 militaires… sans uniforme en R4 (sous la houlette de son chef national le général DELESTRAINT - dit Vidal - l’AS est l’union des composantes paramilitaires des trois principaux piliers de la Résistance : Combat - issu du Mouvement de Libération Nationale d’Henry FRENAY - Libération et Franc-Tireur),

-    des combattants espagnols, connus sous le nom de guérilléros : ils sont approximativement 3500 en R4, guidés par leur chef José Garcia ACEVEDO.
Quelques allemands condamnant le régime hitlérien (tel Gerhard LEO opérant, à 19 ans…, sous couverture comme interprète au service des transports de la Kommandantur toulousaine), et des italiens résistent également en zone toulousaine (dont le charismatique Silvio TRENTIN ; voir infra), mais les espagnols - un contingent en soi de résistants étrangers - sont les plus nombreux car la Retirada (véritable exode à partir de 1936 connaissant une apogée en 1939 lors de la chute de BARCELONE) a conduit beaucoup de républicains à quitter l’Espagne, pendant et à l'issue de la guerre civile (synonyme de victoire du dictatorial général Francisco FRANCO, ce sont en effet près d’un demi-million de républicains qui se réfugient de l’autre côté des Pyrénées dont un grand nombre animés par un esprit de résistance, un idéal de liberté et de justice… de démocratie).

L’armée des ombres se muant progressivement en Armée de l’ombre, les maquis de toute la région convergeant vers la Ville rose, ainsi regroupés et l’ennemi affaibli, le terrain devient propice à la libération de la métropole occitane ; l’ordre de la révolte devient imminent.

Et c’est ainsi que le 15 août, réuni dans le quartier des Chalets au 25 rue du Printemps, l’État-Major clandestin des Forces Française de l’Intérieur décide du principe de l’insurrection libératrice de la région toulousaine.

25 rue du Printemps - l’Etat- Major clandestin des Forces Française de l’Intérieur décide de l’insurrection libératrice de la région toulousaine

Conscient du danger, le 18 août, alors que leurs contingents sont basés essentiellement dans les casernes de Compans-Caffarelli et de BLAGNAC, les allemands « organisent » dans la précipitation leur départ.

Arrive le 19 août.

Sous le commandement de Serge RAVANEL, les mouvements de résistance commencent à dresser des barrages et des barricades au niveau du Faubourg-Bonnefoy et de la place Roquelaine, théâtre des premiers affrontements avec l’armée d’occupation ; des combattant prennent aussi position sur les ponts enjambant la Garonne (en particulier le Pont-Neuf), points stratégiques avec certains carrefours.

Dans la nuit du 19 au 20 aout, le Conseil départemental de la Libération (CDL), réuni rue d’Orléans, décrète l’insurrection générale et le rétablissement de la République dans le Département.

21 rue d Orléans - 31000 Toulouse

Des renforts FFI entrent peu à peu dans TOULOUSE ; les premiers sont ceux du maquis Roger (environ 280 hommes en août 1944 couvrant une zone géographique allant de GRENADE-SUR-GARONNE aux limites du Gers) appartenant à l’AS dirigé dans le secteur par Albert CAROVIS (alias Jean), président du CDL. Ils sécurisent, notamment, des endroits clés du péricentre ville (les aérodromes de Toulouse-Blagnac, Francazal et Montaudran, ainsi que le site de La Cartoucherie) face à la politique de terre brûlée des nazis en fuite (voir infra).

Un bouillonnement de type révolutionnaire, une multitude d’escarmouches, d’embuscades et d’affrontements, une véritable guérilla urbaine prend alors forme et s’étend un peu partout dans la ville où raisonnent des milliers de coups de feu.

Préparés, car tous luttant à TOULOUSE et ses environs depuis des mois dans la clandestinité, menant des novembre 1940 des opérations anti-pétainistes (voir supra le lancer de tracts rue Alsace-Lorraine), harcelant quotidiennement au péril de leur vie l’occupant allemand, entravant au maximum ses actions via des entreprises de sabotage, les soldats de l’ombre ferraillent aussi gare Matabiau où l’objectif - qui sera capital pour la victoire finale - est de couper les correspondances ferroviaires, d’immobiliser les trains « allemands », de paralyser leurs communications afin de limiter le transport des troupes, le matériel et arsenal militaire, les munitions, etc.

Le « groupe Matabiau » - composé de cheminots combattants - perdra ainsi près d’une trentaine d’entre eux lors de la libération de TOULOUSE, lui qui dans la nuit du 18 au 19 août avait décrété une grève insurrectionnelle, point de départ de la libération de la gare toulousaine.

2 rue des Cheminots

La Préfecture est reprise, tout comme le Palais Niel et les divers bâtiments que la Gestapo avait investie au 9 rue Frédéric Mistral, au 36 rue des Chalets, au 49 rue Raymond IV ou l’hôtel de l’Ours Blanc au 25 place Victor-Hugo, ainsi que le Grand Hôtel de la Poste au 38 rue d'Alsace occupé par l’état-major supérieur de liaison de la Wehrmacht (le Hauptverbindungstab, HVS,  564), ou encore le Grand-Hôtel du 31 rue de Metz réquisitionné par les allemands pour leur Consulat général, et la prison militaire Furgole, place des Hauts-Murats - antichambre de la déportation vers les camps de concentration et souvent de la mort (voir supra) - où beaucoup de combattants sont internés, subissant l’arbitraire et la violence nazis.

Prison Furgole - place des Hauts-Murats - Toulouse

La majorité de ces derniers sont toutefois écroués à la prison Saint-Michel où de fait, sous l’impulsion des femmes de détenus et de plusieurs citoyennes du quartier, les maquisards délivrent également les prisonniers, parmi lesquels avaient été enfermés, maltraités et parfois tués nombre de résistants (voir supra sur cet ancienne maison d’arrêt, symbole toulousain de la persécution allemande, aujourd'hui en partie classé monument historique), à l’inverse d’André MALRAUX qui réussit à s’en évader juste avant la libération de TOULOUSE.

Facade de la Prison Saint-Michel - Toulouse

Hommage de la France Républicaine et Résistante - Cour intérieure du Castelet - Prison Saint-Michel

Face à cette explosion en arme et effervescence populaire, les soldats de la Wehrmacht, acculés, fuient en direction de la Bourgogne en tiraillant en tout va juchés sur leur camion et blindés.

Au préalable, ils ont détruit leurs archives, fait sauter des dépôts de munition, mis à sac les installations télégraphiques et téléphoniques de Saint-Aubin, incendié l’antenne radio de MURET, pillé les Magasins généraux, mis le feu au Consulat d’Allemagne et au siège de la Gestapo situé dans une maison bourgeoise, réquisitionnée en novembre 1942, du 2 rue Maignac dans le quartier du Busca (lieu de terribles interrogatoires, d’atroces tortures et d’assassinats de résistants et de juifs, cet épicentre d’une répression sanglante et de la barbarie - soutenue par les méfaits de français collaborateurs et dénonciateurs logés par la Gestapo dans l’immeuble n°1 d’en face - devient, une fois TOULOUSE libérée, le 2 rue des Martyrs de la Libération… tout un symbole).

Siège de la Gestapo - Toulouse occupée

Siège de la Gestapo à Toulouse - lieu de torture

Cour intérieure du siège de la Gestapo - Toulouse occupée

La libération de TOULOUSE est ainsi le résultat d’une évacuation précipitée de l’armée du IIIe Reich couplée à des attaques multiples et incessantes, aux assauts continus et étouffants, d’une armée secrète, unie et solidaire - incarnation féminine de la Résistance, Lucie AUBRAC l’écrira : « Ils nous avaient volé la Liberté et l’Égalité, ils n’avaient pas pu interdire la Fraternité »... (« La Résistance expliquée à mes petits-enfants », Editions du Seuil, Collection Expliqué à) -, émergeant de la nuit, portés par l’enthousiasme débordant d’une population locale en fusion.

Le 19 août 1944 au soir, TOULOUSE est libre.

Le lendemain, dimanche 20 aout, des drapeaux tricolores flottent au vent ; le bleu blanc rouge remplace le gris des uniformes allemand ainsi que le brun et noir de la Gestapo et des SS ; les miliciens et collabos délateurs de toutes sortes avec l’occupant Nazi se cachent ou sont partis avec lui… ou bien sont devenus républicains en quelques heures !

L’ivresse de la liberté, une joie indescriptible s’empare de la ville alors que Serge RAVANEL sécurise au maximum TOULOUSE en faisant appel à l’ensemble des forces résistantes de la Haute-Garonne et des départements voisins (la ville demeurant une zone sensible durant quelques jours en raison des colonnes allemandes qui, en provenance des Landes ou des Pyrénées, tentent de remonter vers la vallée du Rhône ; et puis quelques miliciens, non encore arrêtés ou exécutés, tirent ici ou là des toits…).

Le 21 aout, les historiens estiment qu’environ 6 000 hommes armés ont ainsi pris possession de la ville, de ses lieux publics, alors que 30 000 toulousaines et toulousains se retrouvent place du Capitole.

Une vibrante Marseillaise est entonnée.

Pierre BERTAUX (dont le groupe de résistance fut la première organisation en Midi-Pyrénées à bénéficier directement d’une aide de la France libre via le Bureau Central de Renseignements et d'Action basé à LONDRES), devenu Commissaire de la République en remplacement de Jean CASSOU (blessé rue Roquelaine par une des dernières cohortes allemandes circulant dans la nuit qui précède la libération de la ville), Serge RAVANEL - protagoniste FFI essentiel de cette victoire urbaine -, Albert CAROVIS, Président du Conseil départemental de la Libération (voir supra), prennent la parole.

A cette occasion, le professeur Raymond BADIOU, qui enseigne au collège Fermat, est nommé Président du Comité Local de Libération (CLL) ; ce résistant deviendra le premier maire de la ville de cette nouvelle ère post-occupation.

Le 22 août un premier défilé de la victoire a lieu dans TOULOUSE - passage devant le Monument aux Morts notamment - et en la cathédrale Saint-Etienne une cérémonie rend hommage aux 35 combattants tués lors de la Libération de la ville.

Défilé de la victoire 22 aout 1944 à Toulouse
 
C’est Monseigneur Jules SALIEGE, archevêque de TOULOUSE, assisté de Monseigneur de COURREGES, évêque auxiliaire, qui officient… eux qui avaient également fait actes de résistance (mais non armés) en condamnant les persécutions racistes et antisémites du régime nazi, la sauvagerie de ses escadrons de la mort, et protégé des enfants juifs contre l’holocauste en organisant un réseau clandestin (voir infra sur le cardinal SALIEGE, figure du catholicisme résistant).

Quelques jours après - les 16 et 17 septembre -, TOULOUSE accueillera triomphal le Général De GAULLE, chef du gouvernement provisoire, ce qui sera l’occasion de rendre un nouvel hommage aux combattants de la Libération de TOULOUSE, même si entre les résistants (l’importante frange communiste en particulier) et l’homme de l’appel du 18 juin 40 la méfiance est fortement palpable (contrairement à l’enthousiasme des habitants envers ce dernier).

Général de Gaulle place du Capitole - Toulouse

Place du Capitole - De Gaulle et la Libération de Toulouse
 
La politique reprend ses droits… mais avec elle, désormais, la légalité républicaine, des joutes et batailles, un combat certes… mais démocratique.

La période qui suit, de façon intensive après-guerre, lors de l’armistice, et jusqu’à nos jours de façon plus épisodique (lors de dates anniversaires ou commémoratives notamment), la France va rendre hommage à ceux qui ont combattu l’oppresseur, lutté contre l’ignominie nazie et ses funestes auxiliaires français.

Comme beaucoup d’autres agglomérations ou villages de nos campagnes, TOULOUSE le fera avec des plaques, stèles et monuments érigés en souvenir ou bien des noms de rue pour conserver intacte la mémoire des compagnons de la Libération.

Des plaques, stèles, bustes et monuments en hommage à la Résistance toulousaine :

En mémoire d’événements toulousains cruciaux pour la liberté, de lieux où des plans et stratégies de luttes secrètes ont été élaborés, où des résistants vivaient (appartements ou maisons dont la valeur – symbolique -… n’a pas de prix) et/ou se retrouvaient au péril de leur vie, où a pu se nouer le sort de la Libération finale, en souvenir d’endroits dramatiques entre 40 et 44 où sont tombés des femmes et des hommes qui luttaient contre l’oppression, des plaques commémoratives sont accrochées à des murs d’immeubles ou de villas aux quatre coins de la ville, le plus souvent dans le centre qui fut le point d’orgue de la résistance toulousaine, de la lutte clandestine contre l’occupant.

Et parfois se sont des stèles ou bien des bustes ou encore des monuments en hommage aux héros et héroïnes ayant harcelé et combattu l’ennemi qui sont dressés.

Certaines de ses traces gravées dans la pierre ou le marbre figurent dans le développement chronologique, ci-dessus, de l’histoire de la Libération de la ville gravitant autour du 19 août 44.

Nous les reprenons à présent ordonnancées avec toutes les autres, empreintes indélébiles commémorant la Résistance toulousaine et la mémoire de celles et ceux tombés à TOULOUSE ou disparus dans l’effroyable univers concentrationnaire nazi.

En quelque sorte un parcours du souvenir, un circuit mémoriel, une carte de la ville historique inédite (puisqu’à notre connaissance n’ayant jamais été établi) pour une visite guidée de TOULOUSE résistante, une marche républicaine en hommage aux soldats de l’ombre… grâce à qui la lumière est revenue.

Voici en préambule ce plan de marche à l’état brut, sans explication, mais dans un ordre pouvant être concrètement envisagé pour aller à la rencontre des héros et/ou martyrs de la résistance toulousaine :

Square Charles de GAULLE (rue Alsace-Lorraine)

9 allées du Président Franklin Roosevelt

42 du boulevard de Strasbourg

64 boulevard Pierre Sémard, sur la façade de la Gare Matabiau, puis dans le hall de la Gare

68 boulevard Pierre Sémard

30 avenue de Lyon

2 rue des Cheminots

Allée Monsonego-Sandler, à l'angle du 12 rue du Faubourg Bonnefoy

23 boulevard de l'Embouchure, Hôtel de Police Nationale - Commissariat Central

48 avenue des Minimes

Place du Marché aux Cochons

2 rue Giacomo Puccini

21 rue Jean Gayral

30 rue Jean-Baptiste Lulli

62 route de Blagnac

97 rue de La Concorde

21 rue d’Orléans

25 rue du Printemps

22 rue du Commissaire Phillipe

1 rue Roquelaine

2 rue Danielle Casanova, à l’angle de la rue de Toul

35 place des Tiercerettes

40 rue Valade

36 rue du Taur

58 rue Léon Gambetta, dans la cour intérieure de l’hôtel Crowne Plaza

1 allée Maurice-Prin

40 rue de la Pomme

11 rue de la Pomme

13 rue Alsace-Lorraine

23 de la rue Croix-Baragnon 

Square du cardinal Jules Géraud Saliège, devant la Cathédrale Saint-Etienne

46 rue du Languedoc

Place des Hauts-Murats

32 rue Théodore Ozenne

10 Place du Parlement

2 de la place Lafourcade

18 grande rue Saint-Michel, sur la façade de l’ancienne prison et à l’intérieur

46 rue Achille Viadieu

80 rue Achille Viadieu

14 rue Henri Tagnères

59 avenue de l’URSS

72 bis avenue de l’URSS

Le Jardin des Plantes (entrée côté avenue Frizac) : allée des Justes et allée Simone Veil

L’esplanade Alain Savary en haut (mémorial de la Shoah) et en bas (Monument à la gloire de la Résistance à visiter)

2 rue des Martyrs de la Libération

45 Allée des Demoiselles

52 Allée des Demoiselles (Musée départemental de la Résistance et de la Déportation à visiter)

90 avenue de Lespinet

130 avenue Raymond Naves

22 rue Lucien Cassagne

avenue de La Gloire (après le n°43, juste en face l’entrée de l’immeuble sis au n°48)

1 avenue du Cimetière - Cimetière de Terre Cabade

22 avenue Joseph Le Brix

139 route d’Albi

2 rue Maurice Jacquier

rue des Braves, à l’angle du 86 de l’avenue de Grande-Bretagne

263 avenue de Lardenne (immeuble faisant angle avec la place Jacques Sauvegrain)

15 rue de Varsovie

122 avenue de Muret

14 rue Paul Lambert

Angle de la route de Seysses et de la rue de Bruxelles

Impasse des Martyrs de Bordelongue

7 étapes - assorties de plans - pour une visite de TOULOUSE à vélo en hommage à la Résistance :

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Étape 1 :

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Étape 1

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Étape 2 :

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Etape 2

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Étape 3 :

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Etape 3

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Étape 4 :

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Etape 4 :

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Étape 5 :

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Etape 5

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Étape 6 :

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Etape 6

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Étape 7 :

Parcours Résistance - Visite de Toulouse - Etape 7

Et à présent le même chemin républicain, le même circuit citoyen toulousain pour une visite guidée, accompagnée d’explications :

Il fallait débuter quelque part dans la ville, trouver un lieu de rassemblement pour initier ce périple toulousain.

C’est l’hyper centre comme point de ralliement que nous avons retenu, plus précisément le square Charles De GAULLE, figure tutélaire du combat contre l’envahisseur, visage de la France Libre, en quête, reconquête…, de sa liberté.

Stèle du square Charles de GAULLE située côté rue du Poids de l’Huile :

Square Charles de Gaulle - Toulouse

Poursuivant notre cheminement en empruntant cette dernière, puis la rue Lapeyrouse, traversant en suivant le jardin Pierre Goudouli de la Place Wilson, au 9 allées du Président Franklin Roosevelt une plaque discrète célèbre deux jeunes résistants : David FREIMAN (roumain, membre des Brigades internationales, il participe à la résistance au sein des Francs-Tireurs et Partisans - Main-d’œuvre Ouvrière Immigrée - nombreuses actions de sabotages - sous le pseudonyme Marius) et Rosine BET (italienne, résistante à 18 ans au sein également de la 35ième brigade - pseudo Yvette -, elle assure les liaisons entre les diverses unités des FTP-MOI).

Alors qu’ils s’apprêtaient à poser une bombe à retardement sous un fauteuil de l’ancien cinéma « Les Variétés », visant à détruire dans la nuit ce lieu diffusant des films pro-allemands, accueillant des conférences d’orateurs Nazis ou collaborationnistes, la bombe explose trop tôt… tuant David sur le coup et blessant gravement Rosine (transporté à l’hôpital Purpan, elle y meurt deux jours après l’attentat sans avoir divulgué quoi que ce soit aux allemands qui l’interrogeaient).
 
9 allées du Président Franklin Roosevelt - Ancien Cinéma Les Variétés et UGC

Puis en partant sur la gauche, au 42 du boulevard de Strasbourg (situé après la Place Jeanne d’Arc), une plaque en hommage à Pierre DAC (célèbre humoriste ayant participé à la résistance par le biais notamment de plusieurs interventions sur la BBC où il brocardait des dignitaires nazies ou personnalités collaborationnistes) et à Fernand LEFEBVRE (commandant du Groupe Lorraine) :
 
42 Boulevard de Strasbourg - Toulouse

Un peu plus haut vers le nord, après avoir pris la rue de Bayard et traversé le Canal du Midi, au 64 boulevard Pierre Sémard, sur la façade de la Gare Matabiau, une plaque à la mémoire de résistants et de juifs (dont 26 enfants) déportés vers les camps de concentration (voir supra) de BUCHENWALD pour les hommes et vers RAVENSBRUCK pour les femmes et les enfants :

Facade de la Gare Matabiau - 64 boulevard Pierre Semard - Toulouse

Et juste à côté, pour l’éternité gravé dans le marbre, est rendu hommage aux 580 innocentes et innocents qui le 3 juillet 44 furent entassés inhumainement dans le « Train fantôme » (voir nos développements supra) en direction de DACHAU ; voyage pour l’enfer, dont seulement la moitié rechapèrent :

Facade de la Gare Toulouse Matabiau - 64 boulevard Pierre Semard

Puis dans le hall de la Gare Matabiau sont célébrés les cheminots, les agents des services de la SNCF à TOULOUSE, qui payèrent - comme tous leurs homologues sur le territoire national - un lourd tribut (à la hauteur de l’efficacité de leur fondamentale et décisive entreprise de noyautage et de sabotage des chemins de fer) dans la lutte contre la barbarie nazie :

Hall de la Gare Matabiau, 64 boulevard Pierre Semard

En poursuivant sur le boulevard Pierre Sémard, au numéro 68 correspondant à l’entrée de la gare routière une plaque en souvenir de Pierre SEMARD, cheminot syndicaliste, secrétaire Général du Parti Communiste Français à la fin des années 20. Emprisonné dès 1940, il fut fusillé par les Nazis dans la prison d’EVREUX le 7 mars 1942 au titre d'otage.
 
68 Bld Pierre Semard - Gare Routière de Toulouse

En s’excentrant très légèrement après avoir longé la gare routière et le Canal du Midi, puis tourné à droite avenue de Lyon, au numéro 30 de celle-ci, apposée au pont Raynal une plaque rend hommage à des membres du Groupe Matabiau morts pour la France en combattants.

Il s’agit de Frédéric BABY, Yves BRAYADA, René MATHIEU, Robert SALLES, André HEBRARD et Jean BOUDIN.

Avec une poignée d’autres résistants (dont Jean DORMIN qui sortira vivant de ce sanglant accrochage), ils affrontent héroïquement une colonne allemande au moment où les « Boches » (remontant à la guerre franco-prussienne de 1870, cette dénomination péjorative est dès plus usitée pour désigner alors l’occupant, comme parfois les termes tout aussi dénigrants de « Fritz » ou de « Schleu ») fuient la ville, détruisant ce qu’ils peuvent sur leur passage. Or le pont Raynal, point stratégique, devait être sauvé… ce qui fut le cas.

30 avenue de Lyon devant le Pont Raynal - Toulouse

Dans le prolongement, après être passé sous ce pont de la SNCF, à droite, le 2 rue des Cheminots, siège du Syndicat CGT des agents ferroviaires où fut décrété, dans la nuit du 18 ou 19 août 1944, la grève insurrectionnelle, signal de la reconquête de la Gare Matabiau et de la ville :
 
2 rue des Cheminots - Toulouse

En rebroussant chemin sur quelques mètres, nous nous trouvons au début de la rue du Faubourg Bonnefoy. Remontant celle-ci jusqu’au n°12 se présente l’allée Monsonego-Sandler (entrée du jardin Edmond Michelet) où est apposée une plaque en l’honneur de ce résistant très tôt engagé dans la lutte contre le nazisme.

Promu chef du mouvement Combat en Limousin (Région R5), il est arrêté le 25 février 1943 par la Gestapo à BRIVE-LA-GAILLARDE. Transféré à la prison de Fresnes, il y est mis au secret durant six mois avant d’être déporté à DACHAU en septembre, dont il ressort vivant le 29 avril 1945 lors de la libération de ce camps par les alliés.

Il occupera alors, entre 1945 et 1970, plusieurs portefeuilles ministériels : Ministre des Armées, Ministres des anciens Combattants, Ministre de la Fonction Publique, puis Ministre aux Affaires culturelles.
 
Allée Monsonego-Sandler, angle du 12 rue du Faubourg Bonnefoy - Toulouse

Après avoir fait demi-tour, nous retrouvons l’avenue de Lyon jusqu’au boulevard des Minimes. Puis tournant à droite sur celui-ci et rejoignant dans le prolongement le boulevard de l'Embouchure, au numéro 23, sur la façade de l’Hôtel de Police Nationale (le Commissariat Central de la ville), une plaque honore Jacques BREDILLARD, « mort pour que pour vive la France ».

Hôtel de Police Nationale - Commissariat Central - 23 boulevard de l Embouchure - à la mémoire de Jacques Bredillard
 
Ce gardien de la paix, membre héroïque du Groupe Matabiau, tombe le jour de la reconquête de TOULOUSE contre l’envahisseur allemand.

Puis en direction du Nord, prenant la rue Montesquieu et à droite l’avenue Emmanuel Maignan, se présente l’avenue des Minimes avec au numéro 48, à l’angle de l’avenue Frédéric Estèbe, le Monuments aux Morts à la gloire des enfants du quartier :
 
Monuments aux Morts du quartier des Minimes

En poursuivant sur cette avenue en direction de la station de métro Claude Nougaro (ligne B) se trouve, sur la gauche, la place du Marché aux Cochons où est rendu hommage à Émile AMORGASTE, tombé pour la France sous les balles allemandes :
 
Place du marché aux Cochons - Quartier Les Minimes

Quittant ensuite le quartier des Minimes en direction du quartier des Ponts-Jumeaux (passage par la rue du Caillou Gris, la rue Alfred de Musset, la rue Alphonse Daudet, le Chemin de la Pescadoure, la rue Henri Matisse, le Boulevard de Suisse et le Boulevard de l’Embouchure) nous débouchons dans le quartier des Sept Deniers avec la rue Franz Schubert, puis la rue des Troènes et à l’angle de cette dernière, au 2 rue Giacomo Puccini, une plaque en l’honneur de René GALACHE, dit Rigal (FTPF puis membre de l’AS), et  de Raymond de CAHUZAC (membre également de l’Armée Secrète), eux aussi victimes du fascisme.
 
2 rue Giacomo Puccini - Toulouse

A 150 mètres environ de cette maison, après avoir retrouvé la rue Franz Schubert, à gauche la rue Jean Gayral où, au numéro 21, est rendu hommage à ce résistant - membre du mouvement Combat, décédé des suites de sa déportation au camp de MAUTHAUSEN - qui avait abrité et caché Berthy ALBRECHT, immense résistante, adjointe d’Henry FRENAY, le patron de Combat.
 
21 rue Jean Gayral - Toulouse

Puis dans la foulée, en suivant le Chemin des Sept-Deniers, un peu plus haut dans le quartier, au 30 rue Jean-Baptiste Lulli est commémoré la mémoire d’André CHAUBET, résistant FTPF. Devenu lieutenant FFI, il est tué par un détachement de la Wehrmacht au Nord de l’Ariège, dans le maquis de CAMARADE :

30 rue Jean-Baptiste Lulli - Toulouse

Retour ensuite vers le centre-ville en prenant le Chemin de Garic, puis la route de Blagnac avec au niveau du numéro 62, devant l’Eglise des Sept-Deniers, son Monuments aux Morts :

Monuments aux Morts route de Blagnac - Quartier des Sept Deniers

Monuments aux Morts route de Blagnac - Quartier des Sept Deniers - Toulouse
 
Et, juste à côté, une stèle à la mémoire de l'Abbé Julien NAUDIN qui accueilli et cacha dans son presbytère de nombreux résistants, souvent évadés et traqués par les SS et/ou en transit vers l’Espagne.

Arrêté sur dénonciation le 15 janvier 1944, il est emprisonné à Saint-Michel avant d’être déporté à NEUENGAMME, puis à DACHAU où les américains le libèrent en mai 1945. Retrouvant alors TOULOUSE, il aidera les familles meurtries des résistants déportés.

Entré dans la lutte clandestine en 1942 au sein du mouvement Combat, cet homme d’église sera décoré officier de la Légion d'honneur, Croix de guerre 1939-1945 et médaillé de la Résistance.
 
A la mémoire de l Abbé Julien Naudin - quartier des Sept deniers - Toulouse

En poursuivant sur la Route de Blagnac, puis en longeant ensuite le Port de l’Embouchure, le Canal du Midi via le Boulevard de la Marquette et le Boulevard Matabiau jusqu’à la rue de La Concorde, au 97 de cette rue centrale du quartier Chalets-Concorde est célébré le Capitaine Paul ESCUDIE (membre du Groupe Matabiau) abattu près de la gare ferroviaire, au combat, héroïque… le jour de la Libération.

97 rue de la Concorde à l angle du Boulevard Matabiau - Toulouse

A quelques mètres de là, après avoir pris la rue Jany, le 21 rue d’Orléans, lieu si important pour la Libération de TOULOUSE (voir supra notre développement) où se retrouvent dans la nuit libératrice du 19 au 20 août 1944 le Comité Départemental de Libération (CDL) présidé par Albert CAROVIS en présence de Lucien ASLANGUL, Gabriel BARLANGUE, Germain CARRERE, René COHADE, Paul DEBAUGES, Christian DEHAUT, Pierre DOURNAUD, Georges DURAND, Paul MARCOUIRE, Paul MARTY, Jean VERDIER, Jean-Pierre VERNANT, Camille VIE, ainsi que Jean CASSOU (Commissaire de la République) :
 
21 rue d Orléans - 31000 Toulouse et la Résistance

Et au bout de celle-ci, tombant sur la rue du Printemps, le numéro 25 de cette voie, tout aussi décisif pour l’insurrection libératrice de la ville décidée le 15 août 44 par l’Etat-Major clandestin des FFI (voir également supra notre chronologie de la Libération de TOULOUSE) :
 
25 rue du Printemps - Toulouse

25 rue du Printemps - l’Etat- Major clandestin des Forces Française de l’Intérieur décide de l’insurrection libératrice de la région toulousaine
 
Toujours dans la même partie du quartier des Chalets, haut lieu de la vie résistante donc, après avoir repris la rue de la Concorde, le 22 rue du Commissaire Phillipe, parfois aussi écrit Philippe, comme sur la plaque apposée sur la maison art déco où ce Commissaire de police en poste à TOULOUSE vécu avec sa femme Jeanne BOUILLANE, elle-même résistante.

Arrêté en janvier 1943 à BEAUMONT DE LOMAGNE dans le Tarn-et-Garonne, transféré à PARIS où les Nazis le torturent, il sera fusillé à KARLSRUHE en avril 44 après avoir été condamné à mort par la Cour martiale du Reich à FRIBOURG ; son épouse sera déportée à RAVENSBRUCK.

Maison du 22 rue du Commissaire Philippe - Toulouse
 
Ce couple héroïque fournissait de faux papiers à des agents de la résistance (belge notamment) et aidait au passage de scouts israélites en Suisse.

Alors que le pouvoir de VICHY avait donner l’ordre au commissaire PHILIPPE de recenser les juifs toulousains, il refusa et démissionna en écrivant à sa hiérarchie :

« J’ai le regret de vous rendre compte de ce que la politique actuellement suivie par notre gouvernement n’étant pas conforme à mon idéal, je ne saurais désormais servir avec fidélité.
Je refuse - et sous mon entière responsabilité - de persécuter des israélites qui, à mon avis, ont droit au bonheur et à la vie, aussi bien que M. LAVAL lui-même.
Je refuse d’arracher, par la force, des ouvriers français à leur famille : j’estime qu’il ne nous appartient pas de déporter nos compatriotes et que tout Français qui se rend complice de cette infamie, se nommerait-il Philippe PETAIN, agit en traître.
Je connais l’exacte signification des mots que j’emploie.
En conséquence, Monsieur le Commissaire Central, j’ai l’honneur de vous informer de ce que, par le même courrier, ma démission est transmise à Monsieur l’Intendant Régional de Police.
Permettez-moi de vous exprimer ma gratitude pour l’extrême bienveillance dont vous fîtes toujours preuve à mon égard et veuillez agréer l’expression de mon respectueux dévouement.
Signé : PHILLIPE, ex-commissaire du 7e arrondissement »
; lettre de démission consultable aux Archives Départementales de la Haute-Garonne, 11 boulevard Griffoul-Dorval.

La rue du Commissaire Phillipe débouche sur la Place Roquelaine et conduit rue Roquelaine où, au numéro 1 de celle-ci, à l’angle du Boulevard de Strasbourg, est rendu hommage à Lucien CASSAGNE (artiste musicien, professeur au Conservatoire, chef de service de l’administration du Capitole, ce militant socialiste de la Haute-Garonne est membre du mouvement Combat et du réseau Brutus) et Guillaume COURTINADE (chauffeur, membre de l’AS, il conduit Jean CASSOU à la sortie du CDL - voir supra - lorsqu’il est tué)… tombés le jour même de la Libération de TOULOUSE :
 
1 rue Roquelaine - angle Boulevard de Strasbourg - Toulouse

Poursuivant sur cette artère en direction de Compans-Caffarelli, puis dans le prolongement le boulevard d’Arcole et le boulevard Lascrosses, au tout début de celui-ci prendre à droite la rue de Toul jusqu’à l’angle de la rue Danielle Casanova où, au n°2, est scellée une plaque à la mémoire de l’admirable Danielle CASANOVA.

Figure emblématique de la résistance Corse, cette militante féministe et communiste, chirurgien-dentiste, participe à la formation des premiers groupes de Francs-Tireurs et Partisans. Elle est déportée dans l’enfer d’AUSCHWITZ-BIRKENAU où elle meurt du Typhus au bout de 4 mois, en mai 1943, après avoir eu la force et le courage, via une filière internationale de la résistance (notamment la complicité de l’interprète slovaque MALHOVA), d’être à l’origine de tracts qui circuleront en France, dénonçant la monstruosité des camps de la mort SS.

Elle y avait pénétré avec deux cent trente autres femmes, majoritairement des résistantes, en entonnant « La Marseillaise »… Avec elle, avec elles, malgré les sévices et la menace du crématoire, la lutte allait continuer derrière les barbelés.
 
Rue Danielle Casanova - Toulouse

Empruntant alors la rue du Canon d’Arcole jusqu’au boulevard Lascrosses, traversant cette artère pour se rendre un peu plus bas sur la gauche rue Lascrosses, puis encore à gauche rue d’Embarthe, nous arrivons place des Tiercerettes où au numéro 35 de ce carrefour une plaque commémore le commandant Jacob INSEL, dit Jacques (Polonais d’origine juive il est membre actif des FTP-MOI), abattu lui aussi le jour de la Libération toulousaine :
 
35 place des Tiercerettes - Toulouse

Quittant le quartier Arnaud-Bernard par la rue de la Chaîne, arrivant sur la Place du Peyrou, dans le prolongement la rue Albert Lautman (alias Lengeais, membre du réseau Françoise et adjoint d’Albert CAROVIS dans le maquis Roger, voir supra ; signe de reconnaissance, ce héros de la Résistance a donc une rue à son nom : dans notre Partie II de ce récit historique sur la Résitance toulousaine à paraître le mois prochain, nous répertorions toutes celles de la ville honorant les soldats de l’ombre), puis en face de la Faculté de droit (Université Toulouse Capitole), le 40 rue Valade porte une plaque rappelant que le Colonel Pierre CAHUZAC (franc-maçon, membre du réseau Béryl sous le pseudonyme Montagne) y fut arrêté sur dénonciation, puis déporté dans le camp de BUCHENWALD où il mourut en 1944 :
 
40 rue Valade - Toulouse

Poursuivant ce parcours mémoriel via la rue Antoine Deville, la rue du Collège de Foix, la rue des Pénitents Gris (ou bien encore la rue des Lois), puis la rue de l’Esquille, nous débouchons sur la rue du Taur où vécut au numéro 36 Liliane SIMONETTA (membre des réseaux Gallia et Françoise ; voir infra), combattante contre l’envahisseur Nazi sous le pseudo « Hélène » :
 
Maison ou vécut Liliane Simonetta - 36 rue du Taur - Toulouse

Dans le prolongement, après avoir traversé la Place du Capitole, au 58 rue Léon Gambetta, plus précisément dans la cour intérieure de l’hôtel Crowne Plaza, anciennement hôtel de PARIS, une plaque rappelle que ce lieu d’hébergement (souvent avant la traversée clandestine des Pyrénées) fut, sous l’occupation allemande, le centre de ralliement des combattants belges, hollandais, polonais, anglais, américains et français dans leur lutte commune pour la libération de l’Europe.

Augustine MONGELARD et Stanislas MONGELARD, les si courageux propriétaires de cet hôtel (risquant au quotidien leur vie avec le passage d’une résistance internationale d’envergure alors que l’armada allemande étaient toujours à proximité immédiate dans cet hypercentre ville toulousain), furent arrêtés et déportés en Allemagne en février 1943.

Stanislas ne reviendra pas des ténèbres… (BUCHENWALD, BERGEN-BELSEN, puis DORA-MITTELBAU où il décède le 3 mars 1945), alors qu’Augustine sera libérée de MAUTHAUSEN par l’Armée Rouge le 22 avril de la même année (elle pesait alors 34 kg, soit la moitié de son poids initial ; pouvait-il en être autrement avec les traitements avilissants et dégradants de ses cruelles gardiennes, les kapos) :
 
58 rue Léon Gambetta - cour intérieur de l hôtel Crowne Plaza de Toulouse

A quelques encablures, après avoir pris la rue Joeph Lakanal, est apposé au 1 allée Maurice-Prin (entrée du collège Pierre-de-Fermat) une plaque à la mémoire de Jean BLOCH, victime de l'antisémitisme d’État, déporté et assassiné dans le camp d’extermination de KOSELITZ… à l’âge de 15 ans. Nuit et brouillard…

1 allée Maurice-Prin à Toulouse - à la mémoire de Jean Bloch, 15 ans, victime de l antisémitisme d Etat

Une fois traversée la rue Gambetta, la Place du Capitole et la rue Alsace-Loraine, à l’angle de celle-ci, au mur du 40 rue de la Pomme est accroché une plaque commémorant Marie-Louise DISSART, dite Françoise, chef du réseau d’évasion (une des rares femmes dirigeant un groupe de résistance) portant ce nom d’emprunt (groupe d’évasion ayant succédé au réseau Pat O’Leary démantelé en 1943).

Cette extraordinaire héroïne toulousaine de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle est âgée de plus de 60 ans durant ces années noires si difficile, a caché et fait passer de l’autre côté des Pyrénées plus de 700 aviateurs alliés et résistants, le plus souvent préalablement déguisés dans son magasin de couture « A la poupée moderne » :
 
40 rue de la Pomme - Anle rue Alsace-Lorraine 31000

Puis un peu plus loin dans cette rue alors déjà commerçante, le 11 rue de la Pomme où tombent dans les mailles de la Milice, suite à un guet-apens, Arianne FIXMANN (d’origine russe, combattant sous le pseudonyme Régine) et Thomas BAUER son compagnon :

11 rue de La Pomme - Toulouse

Locataire de l’appartement qui servait de boîte aux lettres pour la diffusion de missions ou de documents, de cache et de lieu de transit pour les volontaires - grandissant en raison d’un nombre de réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) plus significatif - qui souhaitaient rejoindre le maquis (celui de REVEL et de la Montagne Noire en particulier), Arienne FIXMANN meurt dans cette embuscade.

Thomas BAUER décèdera le lendemain, n’ayant pu résister à la torture de ses bourreaux.

Présent lui aussi lors de ce traquenard, seul Raoul LEONS, chef de secteur des maquis du Tarn, en rechapera, bien que blessé.

En revenant rue Alsace-Lorraine, en passant par la rue des Arts et la rue Antonin Mercié, au n°13 de cette artère principale de la ville, sur la partie haute de la façade de l’immeuble haussmannien jouxtant la Place Esquirol, est commémoré ce que l’on considère comme le premier acte de résistance à TOULOUSE (se reporter à nos développements supra) mené par Angèle DEL RIO, Yves BETTINI, Marcel CLOUET, Robert CAUSSAT, Jean BERTRAND et André DELACOURTIE, membres des Jeunesses Communistes toulousaines :

13 rue Alsace-Lorraine - 1er acte de résistance toulousain

A 300 mètres de là environ sur la gauche, dans une des rues délimitant le « triangle d’or » du très prisé TOULOUSE historique, le numéro 23 de la rue Croix-Baragnon porte une plaque qui rend hommage à Henri LION :

23 rue Croix-Baragnon - Toulouse
 
C’est à cette adresse que tournaient clandestinement les rotatives de l’imprimerie des frères LION créant tracts et journaux pour diffuser les idées de la Résistance, fabriquant de faux papiers, notamment des « Ausweis » (carte d’identité allemande, « laissez-passer » pour pouvoir circuler de la zone Nord à la zone Sud - ou inversement -, valant permis de conduire, permettant d’obtenir une carte de rationnement afin d’être servi dans les magasins… et preuve de non appartenance la communauté juive…).

Renseigné par des délateurs, la Gestapo organise le 4 février 44 une véritable souricière à l’origine de l’arrestation et de la déportation de ce libertaire, maître-imprimeur de la Résistance, ainsi que l’ensemble de son personnel et plusieurs résistants qui se présentèrent à l’imprimerie dans les jours suivant, dont Maurice FONVIELLE, responsable régional des maquis du mouvement « Libérer et Fédérer » (inspiré des idées plutôt révolutionnaires du résistant, émigré italien, Silvio TRENTIN : voir infra).

Ils seront une quarantaine à mourir dans l’abomination des bagnes du dictateur Adolf HITLER et de tous ses complices planificateur et/ou artisans de l’horreur qui défigureront l’Europe, notamment, parmi les plus tristement illustres, Heinrich HIMMLER (dirigeant absolu de la SS - dont la Waffen-SS conçue comme une armée raciale et politique - et ministre de l’Intérieur du Troisième Reich, ce maître d’œuvre de la Solution finale se suicide le 23 mai 1945 à LUNEBOURG), Joseph GOEBBELS (ministre de l’Éducation et de la Propagande, lui aussi se suicide le 1er mai 1945 à BERLIN avec son épouse Magda après avoir empoisonné… leurs six enfants), Hermann GÖRING (ministre de l’Aviation et commandant en chef de la Wehrmacht, il est condamné à la pendaison pour « crimes contre l’humanité » lors du procès de NUREMBERG - se déroulant du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 -, mais se suicide avec une capsule de cyanure avant la peine capitale le 15 octobre 1946), Reinhard HEYDRICH (le « Boucher de PRAGUE » organise la Nuit des longs couteaux en 1934 et la Nuit de cristal en 1938 ; directeur de l’office de sécurité du Reich, débute avec lui la sinistre Shoah… il meurt le 4 juin 1942 des suites de blessures reçues après être tombé dans un guet-apens héroïque de la résistance tchécoslovaque), Rudolf HESS (dauphin du Führer et chef de la chancellerie du parti de 1933-1941, condamné à perpétuité lors du procès de NUREMBERG par les puissances alliées, il meurt le 17 août 1987 à l’âge de 93 ans dans la prison de Spandau à BERLIN-Ouest où il se pend avec un fil électrique), Erwin ROMMEL (dit le « Renard du désert », à la tête de la Deutsches Afrikakorps en 1941, puis du mur de l’Atlantique en 1943, il se suicide le 14 octobre 1944).

Dans le prolongement, la Place Saint-Étienne, faisant face à la Cathédrale, et attenant le Square du cardinal Jules Géraud SALIEGE où trône son buste accolé à deux stèles retranscrivant une lettre pastorale écrite le 23 août 1942 dont il ordonne (il est alors archevêque de TOULOUSE) la lecture publique dans son diocèse… et qu’aujourd’hui encore tout croyant - quelle que soit sa religion -, que tout homme - quelle que soient ses origines -, devrait précieusement garder en mémoire :

« Mes très chers Frères,
Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits.
Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.
Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.
Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe‐t‐il plus ?
Pourquoi sommes-nous des vaincus ?
Seigneur ayez pitié de nous. Notre‐Dame, priez pour la France.
Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de NOE et de RECEBEDOU.
Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes, les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes.
Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille.
Ils font partie du genre humain.
Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.
France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.
Recevez mes chers Frères, l’assurance de mon respectueux dévouement.
»

Un arrêté préfectoral interdira cette lettre, mais elle sera néanmoins lue dans la plupart des paroisses.

Son retentissement sera grand (pour certains historiens à mettre en parallèle à l’Appel du 18 juin 1940 du Général DE GAULLE), frappera fortement les consciences et mobilisera certains français jusque-là attentistes et passifs (à défaut d’adhérer foncièrement à l’antisémitisme d’état de VICHY et de collaborer plus ou moins activement avec l’ennemi), puisque reprise dans le journal clandestin Libération et, à l’international, publiée le 9 septembre dans le New-York Times, puis surtout diffusée sur les ondes de la BBC à LONDRES.

Cardinal Saliège - Compagnon de la Libération - Juste des Nations

Lettres du Cardinal Saliège sur la personne humaine du 23 août 1942

Paroles du Cardinal Saliège contre la barbarie, nazie rappelent que les étrangers et les juifs sont des femmes et des hommes... comme tout français
 
Reconnu Compagnon de la Libération par le Général De GAULLE, cet homme d’Église (alors qu’il s’était rallié initialement aux idées pétainistes, comme la majorité des autres prélats catholiques… qui eux restèrent le plus souvent fidèles à l’idéologie « Travail, Famille, Patrie ») dénonça régulièrement à partir de 1942 les exactions de l’occupant, le Service du Travail Obligatoire (STO) et sauva surtout de nombreux juifs du génocide nazi, persécutés avec l’aide de la police française, incarnation institutionnelle du régime collaborationniste de VICHY.

Quittant la Place Saint-Étienne en empruntant la rue Croix-Baragnon puis, immédiatement à gauche, la rue des Trois banquets, la rue Merlane, la Place Mage, la rue du Canard, « arrive » la rue du Languedoc ou au numéro 46, lieu d’une ancienne librairie, figure une plaque en souvenir de Silvio TRENTIN, lettré connaissant parfaitement les idées de Mussolini et du fascisme en général.

46 rue du Languedoc - Toulouse
 
Unique italien à l’origine d’un groupe de résistance, c’est dans l’arrière-boutique de sa librairie que cet exilé (franc-maçon, ancien professeur de droit à l’Université de PISE et député de la social-démocratie) réuni étudiants, professeurs, syndicalistes, etc.

Il est l’inspirateur et maître d’œuvre du mouvement « Libérer et Fédérer » à l’origine d’un journal clandestin que les frères LION (voir ci-dessus) imprimeront et tireront à plus de 20 000 exemplaires entre juillet 42 et mai 44.

Après la chute du Duce, en juillet 1943, Silvio TRENTIN rentre en Italie pour y poursuivre son combat antifasciste, organisant la résistance dans le Nord de l’Italie contre les troupes allemandes et leurs alliées. Il meurt à TREVISE quelques mois plus tard, en mars 1944, sans avoir vu la libération de son pays en avril 45.

Poursuivant sur cet axe de la rue du Languedoc, une fois longé la rue Ozenne et pris la rue Furgole, sur la place des Hauts-Murats, à l’endroit où se trouvait l’ancienne prison Furgole (voir supra notre développement), une plaque est scellée pour ne pas oublier les nombreux résistants qui furent internés dans cette enceinte avant, pour la plupart (quelques exceptions notables, tel Jean CASSOU ; voir infra sur cet éminent Résistant), d’être déportés dans les camps de concentrations… et y être alors souvent exterminés :

Prison Furgole - place des Hauts-Murats - Toulouse 31000
 
A 100 mètres un peu plus au Sud, au 32 rue Théodore Ozenne qui fait angle avec les allées Jules Guesde, une plaque en hauteur d’un mur de briques typiquement toulousain commémore Maurice RIBIS, résistant FFI chauffeur mécanicien, qui lors des combats ayant lieu le jour de la Libération tombe, blessé, du toit de l’immeuble ; il succombera deux jours après :
 
32 rue Ozenne - angle avec les allées Jules Guesde - Toulouse

Longeant ces allées jusqu’à tourner à droite après l’entrée du Palais de Justice, sur la Place du Parlement, en son numéro 10, une plaque est accrochée portant le nom de Zeff GOTTESMANN.

Ce résistant FTP-MOI, dit commandant Philippe (son grade et pseudonyme dans la clandestinité), est gravement blessé, lui aussi, le 19 août 1944 et meurt le lendemain à l’hôpital militaire Larrey :
 
10 Place du Parlement - Toulouse

Revenant légèrement sur nos pas (le Tribunal Judiciaire sur la gauche) en direction de la Grande rue Saint-Michel, au numéro 2 de la place Lafourcade qui la précède, une petite plaque rappelle qu’est tombé devant cet immeuble Manuel SERRA (espagnol, militant communiste et syndicaliste, alias « GODEFROY » ou « commandant CARRÈRE » en tant que résistant), assassiné par la Milice, quelques jours avant la Libération de TOULOUSE :
 
2 place Lafourcade - Toulouse

Puis, au 18 grande rue Saint-Michel, sur la façade de l’ancienne prison Saint-Michel, sont mentionnés les noms de Marcel LANGER, Louis SABATIER, Jacques GRIGNOUX dit « BROUSSIN », Enzo GODEAS, Louis DEVIC, Henri DEVIC et Diego RODRIGUEZ ROLLADO (le premier guillotiné - voir aussi infra un développement le concernant -, les autres fusillés dans l’antre cauchemardesque de cette geôle nazie).

Mais combien d’autres soldats de l’Armée secrète et de femmes, hommes et enfants juifs pourraient être inscrits sur les murs de cet établissement pénitentiaire… ?

Épicentre de la persécution où régnait la torture, le tribunal de la Milice, érigé en cour martiale, y opérait dans le plus grande discrétion et anonymat.

Le pire y fut commis avec pour sentence, inexorablement, la mort et des exécutions à l’abri des regards… ou bien la déportation vers les camps… de la mort (voir nos développements initiaux ci-dessus) :

Ancienne prison Saint-Michel, 18 Grande rue Saint-Michel
 
Une autre plaque, porteuse des mêmes noms, se trouve à l’intérieur, dans la cour du Castelet :

Hommage de la France Républicaine et Résistante - Cour intérieure du Castelet - Prison Saint-Michel

Puis prenant la rue Pasteur, se profile la rue Achille Viadieu où, au numéro 46, une plaque rend hommage à René GALACHE dit Robert ou Rigal.

Ayant notamment, selon les historiens, placé une bombe dans un atelier de la SNCAM (Société nationale des constructions aéronautiques du Midi) à CUGNAUX et détruisant ainsi des pièces nécessaires aux avions Messerschmitt utilisés par la Luftwaffe, ce FFI fut exécuté le 17 juillet 1944 par une unité allemande dans le quartier des Sept Deniers.

Il avait 24 ans… et, armes à la main, luttait glorieusement pour la Liberté.

Ce jeune résistant travaillait dans un atelier de l'Aéro Sud-Est situé au 44 et 46 Achille Viadieu (aujourd’hui devenu un ensemble immobilier à usage d’habitation) ; ce qui explique la présence d’une plaque commémorative à cet endroit.

 46 rue Achille Viadieu - René Galache - Toulouse


Et un peu plus loin dans la rue Achille Viadieu, au numéro 80, une plaque est apposée en la mémoire de ce combattant héroïque que la Gestapo assassina le 2 juin 1944 :

80 rue Achille Viadieu - la Gestapo assassine A. Viadieu, héros de la Résistance - Toulouse

Homme exceptionnel, Achille VIADIEU, dit Ginou, mène une double vie périlleuse, quasi suicidaire.

Collaborateur notoire le jour, assis à la table de la Gestapo, dans les entrailles du dispositif nazi et Vichyste (il devient même chef régional du Rassemblement National Populaire de Marcel DEAT…) qu’il infiltre secrètement, c’est un combattant la nuit, dans l’ombre… récupérant directement ou via ses informateurs des données aussi secrètes que décisives.

Il en va ainsi, alors qu’il est l’adjoint de Marcel TAILLANDIER - créateur en 1943 du groupe de contre-espionnage toulousain Morhange constitué de seize agents « X » chargés de mission des plus délicates (X1 sera abattu lors d’un contrôle de police allemand à SAINT-MARTIN-DU-TOUCH) -, des informations permettant l’embuscade du 2 janvier 1944 au carrefour des Monges dans lequel tombe le gestapiste MESSAK et la récupération à cette occasion d’une série de renseignements hautement importants dans la lutte contre la Gestapo et l’élimination ou la neutralisation de collaborateurs français (voir supra).

C’est une rafale de mitraillette allemande (certainement une Sturmgewehr 44, ou StG 44) qui ôte la vie à X2 (informateur espion hors pair) à l’angle de la rue des Récollets dans le quartier Saint-Michel.

Quittant la rue portant le nom de ce héros de la Résistance via la rue François Longaud, en tournant ensuite à gauche se profile la rue Henri Tagnères où vécut, dans une demeure située au numéro 14, ce résistant ; Henri TAGNERES ayant lui aussi succombé pour la Libération de TOULOUSE :
 
14 rue Tagnères - maison où vécu Henri Tagnères tombé pour la Libération de Toulouse

Puis en prenant la rue Soufflot, la rue des Saules, le boulevard des Récollets et en tournant ensuite à droite sur l’avenue de l’URSS, au numéro 59 correspondant à la place Sainte-Germaine de cet axe conduisant vers le quartier Rangueil, le Monument aux Morts du quartier Saint-Agne :

Monument au morts - Place Sainte-Germaine - Avenue de l URSS - Toulouse

Un peu plus loin, au niveau de la gare Saint-Agne, le 72 bis avenue de l’URSS rappelle au passant de se souvenir de Marcel LANGER. Ce juif polonais (son vrai prénom est Mendel), chef de la 35e Brigade des FTP-MOI (voir supra) - combattant en Palestine, puis contre le franquisme durant la guerre d’Espagne dans la… 35° Division des Brigades internationales -, fut interpelé alors qu’il transportait des explosifs.

Arrêté par la police… française, il meurt décapité le 23 juillet 1943 dans la prison Saint-Michel (voir supra) ; le procureur Pierre LESPINASSE ayant requis la peine capitale en ces termes insoutenables… : "Vous êtes Juif, étranger et communiste, trois raisons pour moi de réclamer votre tête".

72 bis Avenue de l URSS - gare Saint-Agne - Toulouse
 
Son successeur, Victor BARDACH (dit Jan GERHARD), nouveau commandant de la 35ième Brigade, décide de le venger et c’est le résistant italien Enzo LORENZI (connu sous le nom de Robert le blond) qui est désigné pour passer à l’acte.

Après diverses filatures pour baliser le terrain, connaître les habitudes de la cible, le 10 octobre 1943, alors que l’avocat général LESPINASSE sort de son domicile, Enzo LORENZI arrive en vélo à sa hauteur tirant 4 balles qui foudroie le magistrat.

Radio-Londres citera en exemple cette action de la Résistance - dont la conséquence sera que les juges toulousains deviendront désormais moins enclins à siéger dans les tribunaux spéciaux et y prononcer des peines iniques contre des résistants -… et à l’inverse la presse locale (en l’occurrence le journal La Dépêche), au diapason alors de l’occupant, parlera « d’odieux attentat », tandis que le préfet Léopold CHÉNEAUX de LEYRITZ promettra « une répression… exemplaire ».

La France était coupée en deux, pas seulement au niveau de la ligne de démarcation…

Rebroussant légèrement chemin pour emprunter en suivant l’avenue, justement, Marcel Langer, puis l’avenue Victor Segoffin, la place du Busca et l’avenue Frizac, on pénètre dans le Jardin des Plantes via l’allée des Justes où se trouve le Mémorial en hommage aux Justes des Nations de Midi-Pyrénées (distinction la plus haute de l’État d’Israël à titre civil), à ceux qui, parmi les non-juifs, ont sauvé des juifs au péril de leur vie .

Commémorant la mémoire de la Shoah, ce mémorial fut inaugurée en 2003 en présence d’Élie WIESEL, prix Nobel de la Paix :

Mémorial en hommage aux Juste des Nations de Midi-Pyrénées - Toulouse

 Mémorial en hommage aux Juste des Nations de Midi-Pyrénées - Jardin des Plantes
 
Toujours dans le Jardin des Plantes, parallèle à cette allée des Justes, sur l’allée Simone Veil, une stèle honore Marcel Langer (édifié en 1943 pour les 40 ans de sa mort - lui qui fut décapité à la prison Saint-Michel ; voir supra - sur l’emplacement des casernes Compans-Caffarelli qui n’existent plus, elle fut déplacée dans le Jardin des Plantes en 1995) :

Stelle du Jardin des Plantes en l honneur de Marcel Langer - Toulouse

Puis à proximité immédiate, devant la sortie du Monument à la Gloire de la Résistance (voir ci-après), le buste de Jean CASSOU.

Écrivain, poète et historien, ce résistant de haut-rang sera par exemple le délégué régional des Mouvements Unis de Résistance (MUR).

Désigné par Michel DEBRE comme Commissaire de la République pour la région toulousaine (visant à coordonner toutes les forces de la Résistance, cette fonction - un Commissaire par région - est créée dans son principe fin 1943 par le Comité français de Libération nationale d’ALGER - CFLN), il se voit confier par le Général de GAULLE le soin de préparer l’après libération : à savoir organiser le vide laissé par l’administration de Vichy, choisir de nouveaux préfets issus de la Résistance afin de rétablir la République, etc.

Mais grièvement blessé par les allemands au moment de la Libération de TOULOUSE, c’est Pierre BERTAUX qui le remplacera dans ce rôle centralisateur de Commissaire de la République (voir supra) :
 
Buste de Jean Casou - Jardin des Plantes - Toulouse

Et le buste de l’emblématique - tant il incarne à lui seul la Résistance française - Jean MOULIN (alias Rex, Max… et bien d’autres) mort sans avoir parlé le 8 juillet 1943 en gare de METZ au moment de son transfert pour l’Allemagne après avoir été détenu et atrocement torturé par la Gestapo (Klaus BARBIE en personne, le sanguinaire « boucher de LYON ») au Fort Montluc, dans le 3ième arrondissement de la capitale des Gaules :

Buste de Jean Moulin - Jardin des Plantes de Toulouse
 
Sur ce phare de la Résistance, véritable légende pour ne pas dire icône, symbole de la France libre, dont les cendres ont été transférées au Panthéon le 19 décembre 1964 lors du vingtième anniversaire de la Libération de la France (moment rare d’unité nationale, occasion d’un aussi célèbre que vibrant hommage d’André MALRAUX - ancien résistant prisonnier et évadé de la prison Saint-Michel comme vu précédemment -, alors Ministre des Affaires culturelles), nous vous invitons (et même recommandons !) de lire les différents ouvrages de Daniel CORDIER, résistant, secrétaire de REX, en particulier l’exceptionnel « Alias Caracalla » (Editions Gallimard, Collection Témoins).

Et pour en savoir plus : sur Jean MOULIN également, la biographie, pour la période allant de 1940 à 1943, de Jacques BAYNAC : « Jean MOULIN » (Editions Hachette-Littératures, Collection Grand Pluriel) ; de Jean MOULIN : « Premier combat » (Éditions de Minuit, Collection Documents) ; sur la Résistance, entre autres, « Chronique de la Résistance » d’Alain GUERIN (Édition Omnibus) dans un coffret où ce livre est associé à celui d’Henri MICHEL « La Seconde Guerre mondiale ».

Poursuivant le long de ce jardin, poumon vert de la ville, sur les allées Serge Ravanel (figure centrale de la Libération toulousaine ; voir supra), en haut de celles-ci, face au square Boulingrin du Grand-Rond, débute l’esplanade Alain Savary où trône le mémorial de la Shoah en la mémoire, notamment, des enfants juifs déportés, victimes de la Solution finale… :

Mémorial de la Shoah - Toulouse Esplanade Alain Savary

Mémoire de la Shoah - Toulouse - Esplanade Alain Savary

Mémoire de la Shoah Toulouse 29 Square Boulingrin

Descendant l’esplanade Alain Savary, en bas de celle-ci où se trouve le parvis des Femmes de la Résistance, l’immense sculpture en l’honneur de l’Armée secrète :
 
Monument à la Gloire de la Réistance - Toulouse libérée

Monument à la Gloire de la Réistance - Toulouse résistante

Monument à la gloire de la Résistance toulousaine - Esplanade Alain Savary

Sculpture à la Gloire de la Réistance - Toulouse résistante
 
Et, en dessous, le Monument souterrain à la gloire de celle-ci :

Monument à la gloire de la Résistance - Esplanade Alain Savary - Toulouse

Avec sur son fronton l’appel du 18 juin 1940 du Général de GAULLE visant à souder et dresser toutes les forces vives de la Nation, plus exactement le message tiré de cette allocution à la BBC - placardé ensuite sur les murs londoniens - où est écrite la phrase entrée dans la postérité : « La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! »

Message du Général de Gaulle - monument à la gloire de la Résistance - Esplanade Alain Savary - Toulouse

Et un hommage de la ville à trois compagnons de la Libération nés à TOULOUSE :

Hommage de la ville à trois compagnons de la Libération nés à Toulouse - Monument à la gloire de la Résistance - Esplanade Alain Savary

A l’intérieur de ce Monument, juste à l’entrée, une phrase de Paul ELUARD à méditer… :

Ne pas oublier... Mémorial de la Résistance de Toulouse
 
Tout comme, dans le même sens, l’appel à la Jeunesse de Jean CASSOU reproduit dans le musée de la Résistance et de la Déportation voisin (voir ci-après) :
 
Appel à la Jeunesse de Jean CASOU

Puis une galerie froide et quelque peu ténébreuse, cachée, avec un socle renfermant de la terre et des cendres des camps de la mort… et des installations artistiques - images d’archives, en noirs et blancs, qui défilent en silence - le long d’un tunnel et de cryptes :
 
 Mémorial de la Résistance - Toulouse

Mémorial de la Résistance toulousain - Terres et cendres des camps de la Morts

L étoile jaune - la persécution des juifs

Le dictateur Hitler

La jeunesse en lutte et l horreur des camps de concentration

Jean Moulin et les Camps de la morts

Soldat allemand et bataille du rail

Hitler, Saliège résitant catholique toulousain et des prisonniers dan sles camps de la mort

Résiter pour vaincre - lutter contre le nazisme

Gestapo et SS

Résistance Toulouse

Devant ce Monument glorifiant les combattants pour la France libre contre le régime totalitaire hitlérien, trois stèles pour ne « Jamais oublier » les pires abjections du 20ième siècle, garder dans nos cœurs « l’Esprit de la Résistance », se souvenir des « victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre Humanité » commis sous l’autorité de l’État Français :

L esprit de Résistance - stèle devant le monument à la gloire de la Résistance - Esplanade Alain Savary

Esplanade Alain Savary - Allées Frédéric Mistral - Toulouse

N oublions jamais - stèle devant le monument à la gloire de la Résistance - Esplanade Alain Savary
 
Le buste également de Forain François VERDIER, figure essentielle de la Résistance régionale :

Forain François Verdier chef régional de la Résistance - Esplanade Alain Savary
 
Ce chef d’entreprise de machines agricoles, juge au Tribunal de commerce de TOULOUSE, franc-maçon, secrétaire de la Ligue des Droits de l’Homme, « joua » un rôle important puisque chef des Mouvements Unis de la Résistance (MUR) de la Région R4 et désigné comme son futur Commissaire de la République (voir supra sur ce poste finalement occupé par Pierre BERTAUX en lieu et place de Jean CASSOU lui-même grièvement blessé la veille de la Libération de TOULOUSE)… qu’il ne sera pas car il tombe dans la nuit du 13 au 14 décembre 1943 - c’est « l’Opération de minuit » aux termes de laquelle, sur dénonciation, la Gestapo arrête 110 résistants à TOULOUSE, en Haute-Garonne et les départements voisins - avant sa nomination officielle (alors que son épouse, Jeanne, est elle-même faite prisonnière quelques jours après, avant d’être déportée à RAVENSBRUCK).

Torturé et mutilé pendant plus d’un mois au siège de la Police allemande (2 rue Maignac, aujourd’hui rue des Martyrs de la Libération ; voir ci-après), il garde le silence... et meurt, achevé par balle, dans la forêt de BOUCONNE à LASSERRE (cruauté et bestialité nazie, ses bourreaux font éclater dans sa bouche une grenade, espérant ainsi le rendre méconnaissable… Mais il sera identifié grâce à son nom inscrit sur sa ceinture et à une lettre laissée à sa famille dissimulée dans une poche de son manteau).

Le 19 août 1944, lorsque TOULOUSE est libérée, ses compagnons d’armes remplacent les plaques des allées du Maréchal Pétain par celles de Forain François Verdier... Tout un symbole.

Face à l’esplanade Alain Savary, et perpendiculaire aux allées Frédéric Mistral, à l’angle de celles-ci, le 2 rue des Martyrs de la Libération qui n’est autre que le siège de la Gestapo où les pires interrogatoires, abominables tortures et assassinats eurent lieu (voir supra également sur ce lieux avec trois autres photographies).

Siège de la Gestapo occupant Toulouse - lieu de torture

Le Chateau - siège de la Gestapo - Toulouse occupée

Entrée du siège de la Gestapo - Toulouse occupée

Y sont morts d’innombrables résistants dans d’atroces souffrances ou de sommaires exécutions.

Parmi eux, une plaque sur la palissade actuelle de ce petit « château » de l’horreur mentionne cinq résistants : Léon HAMARD, Lazarre FRIDMAN, Lucien BERET, Georges ESCHARRY et Stéphane BOLTAR.
 
2 rue des Martyrs de la Libération - Toulouse

Le premier, dit Léo, inspecteur de police, membre du réseau Morhange, spécialisé dans la traque des traitres, fut cruellement martyrisé - œil arraché, mâchoire fracassée, dos lacéré au rasoir, parties génitales brûlées - et enterré (a priori vivant) près de Marcel TAILLANDIER (dit aussi Ricardo, fondateur de ce groupe Morhange de renseignement et de répression ; voir supra) dans une fosse commune improvisée par la Gestapo dans jardin de cette demeure bourgeoise… sans avoir livré le moindre secret.

Absence d’information (malgré nos recherches) pour Lazare FRIDMAN.

Lucien BERET, employé des PTT à la gare de TOULOUSE Matabiau, militant socialiste à la SFIO avant 1940, puis ensuite du Comité d’Action Socialiste (le CAS qui réunit dans la clandestinité les socialistes s’étant affranchit des parlementaires SFIO ayant voté les pleins pouvoirs au Maréchal PETAIN), est un résistant toulousain qui participe au réseau de Noyautage des Administrations Publiques (le NAP scindé en plusieurs branches selon les institutions administratives et activités ciblées : Chemins de fer, Préfectures, Poste, etc.) et au réseau de renseignement Brutus (en liaison avec le BCRA londonien). Torturé avec une extrême violence dans une cave du « château », il ne parla pas, mais mourut des sévices reçus aux alentours du 17 octobre 1943.

Informations trop parcellaires concernant Georges ESCHARRY et Stéphane BOLTAR (italien décédé le 8 aout 44) si ce n’est qu’ils furent, eux aussi, aussi sauvagement que lâchement assassinés par les Nazis dans le repaire suprême de la Gestapo toulousaine.

Poursuivant sur les allées Frédéric Mistral jusqu’à s’engager sur l’Allée des Demoiselles, au numéro 45 de cet axe conduisant au Canal du Midi une plaque rappelle qu’y est tombé Marcel HENNEQUIN :

45 allées des Demoiselles - Toulouse
 
D’origine allemande, de son vrai nom Markus HEINEKEN, cet homme au service de l’Eglise occupe l’aumônerie de l’Archevêché de l’Allée des Demoiselles. Il y confectionne avec un résistant espagnol de faux certificats de baptême - imprimés chez les frères LION - pour les familles juives protégées par Monseigneur SALIEGE.

Un soldat allemand le tue d’une balle de revolver lors d’une perquisition de l’aumônerie le 10 mars 1944.

Juste en face, au numéro 52, le Musée départemental de la Résistance et de la Déportation… que nous ne pouvons que conseiller d’aller visiter.

Son entrée est gratuite, sa richesse incomparable :

Musée départemental de la Résistance et de la Déportation

Musée de la Résitance - Toulouse

Mitraillette Sten

Mitraillette Sten des résistants

Radio résistance

musée toulouse résistance 31

Ligne de démarcation entre la Zone libre et la Zone occupée

musée toulouse  résistance

Musée toulousain de la résistance

musée Toulouse résistante 31

Résistance toulousaine - Tracts

Uniforme allemand

Musée de la déportation et de la résistance

Les catégories de déportés

Tenue dans les camps

168 enfants juifs déportés de la Haute-Garonne - 31 survivants...

Résister les soldats de l ombre

A la sortie de ce musée fondamental pour l’Histoire et la mémoire, prendre à gauche en direction du Pont des Demoiselles, puis avenue de Lespinet où, au numéro 90 (à côté de l’arrêt de bus), une plaque apposée le 13 mai 1946 sur les murs des anciens Établissements PECHEUR (« société de transports automobiles des Hautes Vosges ») rend hommage à six combattants de l’Armée secrète, arrêtés et morts en déportation : Alphonse ROCHER, Gilbert DUHOUX, Gilbert GEOFFROY, Jean NETTER, Isidore SPIELMANN et Henri SPIELMANN :

90 avenue de Lespinet - Toulouse

Entrepreneur lorrain, Jules PECHEUR quitte NANCY au moment de l’invasion allemande pour se réfugier à TOULOUSE où son entreprise de transports automobiles sert rapidement de dépôt d’armes et de lieu de transit pour les réfugiés en instance de passage vers les Pyrénées.

Sur dénonciation - la délation est légion durant cette époque sombre… - les Nazis encerclent les lieux le 13 mai 1943. Jules PECHEUR échappera à cette rafle, mais les six membres cités de son groupe (rattaché au mouvement Combat) sont arrêtés, interrogés par la Gestapo et torturés. Déportés au camp de MAUTHAUSEN… aucun d’entre eux n’est revenu.

Remontant l’avenue de Lespinet en sens inverse en direction de l’avenue Antoine de Saint-Exupéry, traversant celle-ci, puis en face la place Roger Arnaud, poursuivant sur la rue Noulet jusqu’à l’avenue Jean Rieux, puis après avoir emprunté le boulevard Deltour, le Chemin de Lafilaire, la rue Saint-Expedit, arrive l’avenue Raymond Naves ou, au numéro 130, une plaque est adossée à la maison dans laquelle vécu Raymond NAVES, haut responsable de l’Armée secrète, mort en déportation à AUSCHWITZ :

Maison où vécut Raymond Naves, mort en déportation à Auschwitz  - 130 Avenue Raymond Naves
 
Docteur ès Lettres, écrivain et poète, spécialiste de VOLTAIRE et du Siècle des Lumières, cet humaniste est le patron, au niveau régional, du Comité d’Action Socialiste (CAS) qui rompt avec les socialistes ayant fait allégeance au héros de VERDUN (voir supra).

Il devient en 1941 le rédacteur en chef du journal clandestin « le Populaire du Sud-Ouest », imprimé chez les frères LION (sus évoqués), et en 1942 dirige pour la région le réseau de renseignement FROMENT, en lien avec LONDRES.

En 1943, après l’arrestation de François VERDIER (voir supra) dont il est très proche, les instances nationales de la Résistance - qui voient en lui le futur Maire de TOULOUSE à la Libération - lui confient l’organisation militaire et la coordination des Mouvements Unis de Résistance (MUR) dans la région.

Raymond NAVES est arrêté le 24 février 1944 sur le chemin de la Faculté ; c’est un coup terrible portée à la Résistance toulousaine.

Subissant un calvaire dans les antres de la Gestapo rue Maignac, puis enfermé à la prison Saint-Michel, il est déporté au camp d’AUSCHWITZ en avril 1944 où il meurt de maladie et d’épuisement à la mi-mai.

En descendant ensuite l’avenue Raymond Naves en direction du centre-ville, prendre sur la gauche la rue Jean Andrieu, puis toujours à gauche le chemin du Coin de la Moure, en suivant à droite la rue Henri de Toulouse-Lautrec et enfin à gauche la rue Lucien Cassagne.

Y est édifié au numéro 22 le monument aux Morts du quartier Côte Pavée en mémoire des poilus de la guerre 14-18 morts dans les tranchées de VERDUN et tous les autres effroyables champs de bataille de la première guerre mondiale, ainsi que de trois résistants toulousains morts en déportation : Robert Cayla (franc-maçon au sein la Grande Loge de France… qui à ce seul titre, comme tous les francs-maçons, était pourchassé par les SS), Rose et Victor May (mariés, lui mécanicien d’élite chez Latécoère, ils sont membre du réseau Action R4 ; arrêté par la Gestapo, ce couple est déporté en 1943  avec leur fille Henriette - 17 ans, surnommée Yéyé -  à RAVENSBRUCK. Cette dernière qui reçoit le matricule 27966 sera transférée ensuite à BERGEN-BELSEN. Libérée par les alliées, elle retrouvera TOULOUSE - où elle meurt en 2016 à l’âge de 91 ans -… mais jamais ses parents).

Monument au morts - Guilhemery - Côte Pavée

Monument au morts - Guilhemery - Côte Pavée - Toulouse

Poursuivant sur la rue Léon Cassagne, prendre en face la rue Jean Micoud, puis la rue des Roses dans le prolongement, tournez ensuite à gauche rue de la Providence pour déboucher avenue de la Gloire ou après le n°43 (juste en face l’entrée de l’immeuble sis au n°48) est érigé le Monument aux Morts des quartiers Providence et Soupetard à côté duquel est adjoint une plaque en l’honneur des combattants du deuxième conflit mondial :

Monument aux morts des quartiers Providence et Soupetard le long du Cimetière de Terre Cabade - avenue de La Gloire

Plaque commémorative à côté du monument aux morts des quartiers Providence et Soupetard le long du Cimetière de Terre Cabade - avenue de La Gloire

De là, descendre cette avenue jusqu’au niveau de la rue Saint-Bertrand. Une fois arrivé à ce niveau du quartier Marengo, tourner à droite jusqu’à l’avenue du Cimetière en haut de laquelle se présente l’entrée principale du Cimetière de Terre Cabade où, dans la section 2, se trouvent le caveau familial de Forain François VERDIER, doté d’une stèle commémorant ce héros et martyr, puis un buste à la mémoire de Marcel LANGER où sont inscrites deux lettres qu’il adressa de la prison Saint-Michel les 21 mai et 10 juillet 1943… avant d’y être sauvagement guillotiné le 23 (voir supra sur ces deux visages emblématiques de la résistance toulousaine) :

Caveau de la famille Verdier ave une plaque commémorant François - Cimetière de Terre Cabade - Toulouse

Caveau de la famille Verdier ave une plaque en l honneur de François - Cimetière de Terre Cabade - Toulouse

Buste de Marcel Langer - Cimetière de Terre Cabade - Toulouse

Une fois traversée cette partie historique du cimetière de la ville, une sortie en haut-de celui-ci permet d’accéder au Cimetière de Salonique après avoir franchi le Chemin de Caillibens.

C’est en son centre que se situe l’imposant Monument aux Morts officiel de TOULOUSE (celui plus connu des toulousains, du début des allées Forain François Verdier, aux allures d’Arc de Triomphe, étant en fait le Monument à la Gloire des Combattants de la Haute-Garonne) rendant hommages aux poilus de 14-18 et juste en face le Monument aux Morts de Philippeville (érigé en Algérie dans cette ville en 1922 - devenue SKIKDA - il est partiellement rapatrié à TOULOUSE en 1962, puis recomposé en 1966).
    
Monument aux Mort de Toulouse -cimetière de Terre Cabade

Monument aux Morts de Philippeville - cimetière Terre Cabade

En quittant ce vaste cimetière de 33 hectares, prendre à droite l’avenue de la Colone, puis la rue Kepler à gauche longeant le Jardin de l’Observatoire. Se présente alors l’avenue Léon Blum, puis dans le prolongement l’avenue Yves Brunaud et la route d’Agde. En suivant, sur la gauche, au cœur ici du quartier Roseraie (au niveau de sa station de métro - ligne A), la rue de la Côté d’Or débouche sur l’avenue Joseph Le Brix où est apposée une plaque à la mémoire de sept martyrs, héros de la Libération, exécutés le 28 juin 1944 devant la maison portant le numéro 22.

Ces jeunes résistants - Henri HILAIRE, Bernard MERIC, René VAISSE, Raymond VERDIER, Roland VIDAL, Pierre COUPEAU et René PETER -, venus récupérer des armes dans la cave de cette vaste demeure, tombent dans le piège tendu par la Gestapo et sont immédiatement fusillés.

22 Avenue Joseph Le Brix - A la mémoire des martyrs, héros de la Libération, tombés devant cette maison Henri Hilaire, Bernard Méric, René Vaisse, Raymond Verdier, Roland Vidal, Pierre Coupeau, René Peter

En prenant alors la rue du Coustou, puis la rue Sainte-Marie, un bout du Chemin Amouroux, nous débouchons sur la route d’Albi où se trouve le Lycée Raymond Naves (n°139). La Ville rose célèbre ainsi une nouvelle fois - et rappelle quotidiennement à la jeunesse toulousaine - ce résistant aux grandes responsabilités (voir supra), héros s’il en est pour la victoire finale :
 
Entrée du Lycée Raymond Naves, 139 route d’Albi, 31200 Toulouse

Quittant le quartier Croix-Daurade par la route d’Albi puis le faubourg Bonnefoy et l’avenue de Lyon, après avoir enjambé le Canal du Midi au Pont Matabiau, emprunté la rue Matabiau, la place Jeanne d’Arc, la rue Charles de Rémusat, traversé la Place du Capitole, pris la rue Léon Gambetta, la rue Peyrolières, tourné à droite pour prendre le Pont Neuf afin de passer la Garonne, nous arrivons dans le quartier Saint-Cyprien.

En descendant la rue de la République, après la place Olivier, nous tournons à gauche rue Benoit Arzac et arrivant Place Benoit Arzac, à l’angle de celle-ci et de la rue Maurice Jacquier, au numéro 2, une plaque est accrochée à la mémoire de ce résistant de la première heure.

2 rue Maurice Jacquier, à l angle de la rue Arzac et de la Place Arzac - Toulouse - à la mémoire de Maurice Jacquier, héros de la Réistance
 
Connu sous le pseudonyme d'Ambroise, Maurice JACQUIER est un membre diligent du réseau Gallia et du maquis de la Montagne Noire. Protagoniste actif de la Résistance toulousaine, il connu deux ans de déportation après avoir été arrêté par la Gestapo. Ayant survécu, il consacre à la Libération une grande partie de son temps à ses amis déportés et aux veuves de guerre.

De là, prenant la rue Joseph Vié (résistant toulousain consacré par cette artère portant son nom - nous la présentrons, comme toutes les autres célébrant les soldats de l'ombre, lors de notre prochain billet -, dit le cuistot, il meurt combattant les SS le 12 juin 1944 à BONREPOS-SUR-AUSSONNELLE) jusqu’à la place Intérieure Saint-Cyprien, après avoir traversé les allées Charles de Fitte, puis la place Jean Diebold, poursuivi sur l’avenue Etienne Billières, franchi le rond-point de la Patte d’Oie, prendre l’avenue de Grande-Bretagne jusqu’au numéro 86 qui fait angle avec le tout début de la rue des Braves.

A cet endroit, sur la façade l’immeuble est accroché en hauteur une plaque en l’honneur de Paul TOULOUSE décédé le 20 aout 1944 à l’hôpital militaire Larrey des suites de balles allemandes tirées la veille, lors de la Libération toulousaine. Serrurier de métier, engagé dans la résistance dès 1941, il est mortellement blessé dans ce quartier de la Cartoucherie où, avec son groupe des FFI, il s’efforçait de protéger le site contre l’occupant nazi... saccageant tout ce qu’il pouvait de lieux stratégiques en quittant, vaincu, la ville (voir supra) :
 
Rue des Braves, angle avec le 86 de l avenue de Grande-Bretagne - Paul TOULOUSE

Poursuivant sur l’avenue de Grande-Bretagne jusqu’au niveau de l’avenue Raymond Badiou, prendre celle-ci à gauche, puis les allées Joséphine Baker (célèbre meneuse de revue, chanteuse, danseuse et actrice, elle est aussi une immense résistante) à gauche également jusqu’au rond-point Henri Verdier qui permet de s’engager sur l’avenue de Lardenne à parcourir jusqu’au n°263, après avoir enjambé la rocade.

Au cœur du quartier Lardenne, l’immeuble correspondant, doté d'un commerce en rez-de-chaussée, fait angle avec la place Jacques SAUVEGRAIN où est accrochée une plaque à la mémoire de ce résistant fusillé par les nazis.

Jacques Sauvegrain - polytchnicien fussilé par les nazis

Ancien lycéen à Pierre-de-Fermat, alors qu’il vient d’être reçu 27ème à l’École Polytechnique, il rejoint l’Armée Secrète (AS) début 1943 et fait partie du premier noyau du maquis Bir Hakeim, dans l’Hérault.

Blessé lors d’une attaque de son camp situé sur le plateau de DOUCH dans la commune de ROSIS - village des monts du Haut Languedoc - qu’une poignée de résistants défendent héroïquement le 10 septembre 1943 contre une garnison allemande, il est fait prisonnier et torturé par la Gestapo de MONTPELLIER.

Transféré à TOULOUSE, sa condamnation à mort est prononcée le 24 octobre. Avec trois autres camarades de combats, il sera trainé au poteau d’exécution, une jambe cassée, le 9 novembre 1943.

C’est dans le charnier de Bordelongue (voir infra) que son corps sera retrouvé à la Libération, le 7 septembre 1944.
 
Rebroussant chemin par l’imposante avenue de Lardenne, après avoir longé l’hippodrome de La Cépière, prendre à droite la rue de Négogousses, puis la rue de Cugnaux en direction du centre-ville jusqu’au niveau, à gauche, de la rue de Varsovie où, au numéro 15 (actuel hôpital Joseph Ducuing), est rendu un hommage aux guérilleros espagnols.

Tous des républicains associés à l’Armée de l’ombre française qui ont ardemment lutté contre la dictature franquiste, puis le nazisme, et à TOULOUSE combattu à ce titre pour sa Libération (voir supra notre développement sur les différents réseaux de Résistants) :

15 rue de Varsovie - Toulouse

De là, via les allées Charles de Fitte, le passage à la place du Fer à Cheval, direction l’avenue de Muret où se trouve, au numéro 122, la maison - une ancienne pharmacie - dans laquelle Pierre BOURTHOUMIEUX organise dès 1940 la résistance en région Midi-Pyrénées :
 
122 avenue de Muret - Toulouse

Membre du réseau de renseignement Froment (futur réseau Brutus), il participe intensivement au développement et à l’action clandestine du Parti Socialiste : le CAS (voir supra). Le 1er avril 1944, alors qu’il se rend à LYON pour assister à une réunion des responsables de ce groupe, la Gestapo l’arrête. Comme Jean MOULIN, il sera torturé par l’ignoble Klaus BARBIE, transféré au Fort de Montluc avant d'être déporté au camp de NEUENGAMME, près de HAMBOURG, où il décède en avril 1945 quelques jours seulement avant l'arrivée des Alliés…

Puis, dans la continuité de cette avenue, la route de Seysses, de suite à droite la rue de la Faourette et enfin à gauche la rue Paul Lambert avec au numéro 14 (près de la station de métro Bagatelle - ligne A), sur les murs de l’établissement scolaire portant son nom, un hommage à Sylvain DAURIAC, résistant qui produit des faux papiers sous la houlette de Jean CHAUBET et Raymond NAVES.

Arrêté par la Gestapo le 24 février 1944, déporté en suivant à AUSCHWITZ, puis à BUCHENWALD… il y poursuit héroïquement son combat clandestin.
Il en fut libéré par l’armée américaine en avril 1945… juste avant la fin de la guerre, le 8 mai. 

41 rue Paul Lambert - Toulouse

Cet heureux dénouement, à la fois individuel pour cet homme héroïque et collectif pour l’humanité, l’aura été au prix de sacrifices, de courages absolus, d’un amour immodéré pour la Liberté et l’esprit de Justice.

L’oublier serait une erreur comme le rappellent les vicissitudes actuelles que traverse l’Europe, une faute même tant la souffrance fut grande et la barbarie immonde.

Alors, pour « achever » notre circuit toulousain en souvenir des résistants et de la Résistance, après avoir quitté la rue Paul Lambert, repris la rue de la Faourette, puis tourné à droite route de Seysses jusqu’au niveau de la rue de Bruxelles sur la gauche, découvrons à cet endroit une plaque élevée en mémoire de l’horrible charnier de Bordelongue, abomination hitlérienne :

Charnier des martyrs de Bordelongue - Toulouse

En effet, prolongeant cette rue sur quelques mètres à peine, se présente à droite l’impasse des Martyrs de Bordelongue, le long de la rocade, en plein centre de l’échangeur reliant l’A620 et l’A64, près de l’ancien site AZF.

Ce lieu, trop méconnu (il est vrai quasi inaccessible eu égard à son emplacement), est fermé au public à l’exception de chaque début de mois de septembre où d’anciens combattants, une association des Familles de Fusillés et Massacrés de la Résistance, organisent une cérémonie en hommage aux 28 résistants trouvés là le 4 septembre 1944, juste après la libération de la ville.

Par ordre alphabétique, et non du mérite tant ils en ont tous eu, ces résistants jetés dans ce charnier… - « œuvre » des nazis après avoir été exécutés par leurs macabres tribunaux militaires siégeant à la prison Saint-Michel (voir supra) - étaient : Henri ARLET (originaire de Dordogne, membre de Combat, de l’Armée Secrète - AS - et du maquis Bir Hakeim), Roger ARNAUD (Membre de Libération-Sud, de l’AS et du maquis de Durfort dans le Tarn), Émile BÉTEILLE (résistant audois membre de l’AS), Jean BLANCHETON (résistant en Gironde au sein du réseau Buckmaster), Charles BOIZARD (résistant de l’AS puis des FTPF du Lot), Jean BRISSEAU (du Lot-et-Garonne, membre du réseau Buckmaster), Émile COIRY (membre des FTPF d’Ille-et-Vilaine puis du Lot), Ernest COUDERC (lotois, membre de l’Organisation de Résistance de l’Armée - ORA), Louis COULANGES (lot-et-garonnais, membres des groupes Vény, AS et du réseau Buckmaster), Pierre DUBOIS (agenais, membre du réseau Hilaire), Fernand DUCÈS (gersois, membre des réseaux AS et Action R4), Aurélien DESBARATS (natif du Gers, membre des groupes Vény dans le Quercy), Henri FRAISSE (palois, membre de l’AS), Rolland GOUMY (chef départemental de l’AS du Lot-et-Garonne), Edmond GUYAUX (étudiant toulousain membre de l’AS et du maquis Bir Hakeim), Henri LACABANNE (militant socialiste, membre du Corps franc Ramena), François LAGUERRE (originaire des Hautes-Pyrénées, membre de l’AS et du réseau Buckmaster), Georges LARRIVE (cadurcien, appartient aux groupes Vény, à l’AS puis aux FTPF et membre du maquis France dans le Lot), Maurice LASSAUQUE (originaire de la Creuse, membre de l’AS et de l’ORA), Roger LÉVY (originaire du Doubs, membre de l’AS et des FTPF dans le Lot-et-Garonne), Louis MANTIEN (né dans la Sarthe, il combat dans les Basses-Pyrénées autour de Pau, il est homologué à titre posthume sous-lieutenant des Forces Françaises Combattantes - FFC), Paul MATHOU (jeune tarbais, membre des Corps francs de Libération), Adrien PORTE (originaire des Hautes-Pyrénées, membre de l’ORA), Noël PUJOS (né dans le Lot-et-Garonne, il y combat en tant que membre de l’ORA), Paul QUANDALLE (né dans le Pas-de-Calais, maquisard de l’ORA dans le Lot-et-Garonne), Raoul ROGALE (originaire du Lot-et-Garonne, membre de l’ORA), Jacques SAUVEGRAIN (toulousain, membre de l’AS et du maquis Bir Hakeim), André VASSEUR (né dans la Somme, membre de l’AS et du maquis Bir Hakeim).

Leur nom est à jamais gravé dans la pierre - la « Stèle des Martyrs de Bordelongue » - et dans nos mémoires.
 
Stèle des Martyrs de Bordelongue - Charnier de Toulouse - Rocade - 31

Tel est au fond le sens de ce parcours urbain en hommage aux soldats de l’ombre… et du présent billet y invitant.

Se souvenir et transmettre.

Une visite - inédite - de TOULOUSE sous le prisme d’une période historique contemporaine tragique… à ne jamais oublier et pour se faire à rappeler, mettre en exergue.

C’est aussi à ce titre que plusieurs lieux de l’agglomération portent le nom de ces femmes et hommes exceptionnels, héroïnes et héros sans uniforme.

En raison de la nature même de notre activité de chasseur immobilier qui nous conduit (depuis 2007 à ce titre et bien avant en tant que toulousain) à arpenter tous les coins et recoins de la ville, à côtoyer notre agglomération au quotidien, nous avons eu l’occasion à maintes et maintes reprises d’emprunter ces rues, passages, impasses, chemins, avenues, boulevards et allées, de traverser ces places, esplanades ou ronds-points qui leurs rendent hommage, témoignages officiels d’une gratitude infinie… sans pour autant que nous y prêtions forcément attention.

Il y en a plus d’une centaine et ils/elles sont éparpillés sur les 118,3 km2 environ de l’agglomération de TOULOUSE.

Mais les répertorier et les photographier 80 ans après la Libération de la ville afin que les noms associés à ces lieux s’impriment un peu plus, un peu mieux, dans nos mémoires (parfois défaillantes) s’avère en réalité peu de chose… nous qui avons la chance de vivre libre - aussi imparfaite soit cette liberté - grâce à ces résistantes et résistants, à cet esprit si noble de résistance.

Aussi, en complément du présent texte, formant un continuum avec lui, nous vous les présenterons dans notre billet de juin prochain.

Pour l’instant, car il y a exactement huit décennies aussi - si peu à l’échelle de l’humanité… - et qu’à cet égard la Nation vient de lui rendre un vibrant hommage le 21 février dernier, pensons peut-être à Missak MANOUCHIAN et surtout, à travers lui, à l’ensemble des compagnons de la Libération membre des FTP-MOI : les Francs-Tireurs et Partisans issus de la Main-d’œuvre Ouvrière Immigrée (voir supra).

Né en Arménie, ce menuisier, puis tourneur à l’usine Citroën, amoureux des lettres, réfugié en France après avoir fui le génocide qui anéanti son pays entre 1915 et 1923 (cause de la mort de ses parents), fut l’adjoint incontournable de Joseph EPSTEIN, dit le Colonel GILLES (polonais de culture yiddish) qui dirigeaient les FTP-MOI de la région parisienne.

Figure charismatique de son groupe de 23 combattants, avec BOCZOV et RAYMAN notamment, il était le maillon central - à éliminer - de « l'Affiche rouge » de propagande nazie cherchant à faire assimiler ces valeureux compagnons - et in fine, avec eux, l’ensemble des résistants étrangers… (pourtant plus amoureux de la France et épris de liberté que bien des français « pure souche » quand bien même ne fussent-ils pas collaborateurs) - à une bande factieuse, une collusion de terroristes.

Amalgame simpliste, comme toute opinion raciste, flattant les instincts nationalistes les plus bas : xénophobie, antisémitisme et, à l’époque, antibolchevisme également.
 
L Affiche Rouge - Manouchian, 23 résistants

Arrêté le 16 novembre 1943 par la police française, il est enfermé à la prison de Fresnes d’où il écrit à sa femme Mélinée (elle-même résistante), la veille de son exécution, cette dernière lettre :

« Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
Que puis-je t'écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.
Je m'étais engagé dans l'Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense.
Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous...
J'ai un regret profond de ne t'avoir pas rendue heureuse, j'aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d'avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes ne- veux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l'armée française de la libération.
Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fait de mal à personne et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine.
Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t'embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu.
Ton ami, ton camarade, ton mari.

Manouchian Michel.

P.S. J'ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M.
»

Il est fusillé le lendemain, 21 février 1944, par l’occupant allemand dans la forteresse du Mont-Valérien, aux portes de PARIS, avec ses 23 frères d’armes.

Résistants fussilés du Mont-Valérien - 1944
 
Accompagné par son épouse, et symboliquement ses 23 compagnons, ils viennent d’entrer en ce début d’année au Panthéon rejoindre d’autres emblématiques résistantes et résistants : Germaine TILLION, Geneviève DE GAULLE-ANTHONIOZ, Joséphine BAKER, Jean MOULIN, André MALRAUX, René CASSIN, Pierre BROSSOLETTE, Jean ZAY… et se retrouver parmi quelques-uns des plus beaux visages de la France : Victor HUGO, VOLTAIRE, Alexandre DUMAS, Léon GAMBETTA, Jean JAURES, Emile ZOLA, Simone VEIL… une certaine idée de celle-ci, de l’Art, de la Justice et de la Liberté.

23 étrangers assassinés que chante Léo FERRE dans « L’affiche rouge » sur un émouvant poème de Louis ARAGON : «… 23 étrangers et nos frères pourtant, 23 amoureux de vivre à en mourir, 23 qui criaient la France en s’abattant »…

E. MASSAT - Chasseur Immobilier Domicilium

Publié le mercredi 01 mai 2024