L’Art Déco à TOULOUSE : un patrimoine architectural singulier.
L’entre-deux-guerres constitue une période charnière dans l’histoire architecturale des villes françaises.
L’Art Déco en est une sorte de paradigme.
Selon la formule attribuée à Francis Scott FITZGERALD, associée à son roman « Gatsby le Magnifique » (alors qu’on la doit en réalité à l’écrivain, éditeur et historien de l’art Gérard-Georges LEMAIRE, dans son livre « Histoire de la critique d’art », ed. Klincksieck, 2018), l’art Déco c’est « un mouvement né dans le champagne d’une paix retrouvée ».
TOULOUSE ne va pas échapper à ce bain de jouvence où, architecturalement, le souci de la ligne s’avère omniprésent.

I - Les caractéristiques de l’Art Déco.
De portée internationale, ouvert aux influences nouvelles, le style Art Déco - abréviation d’art décoratif - est un mouvement artistique de l’entre-deux-guerres synonyme de rupture esthétique dans les différentes activités artistiques - dont l’architecture (cœur de cette étude) - et métiers de l’art.
Se déployant principalement entre les années 1920 et 1930, au cœur des Années Folles, d’un bouillonnement culturel intense et d’une économie en mutation, l’appellation Art Déco trouve son origine sémantique dans l’exposition internationale de 1925 qui se déroule à PARIS sous le nom d’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes.
Cette exposition en est une sorte d’apogée, la vitrine éclatante.
Symbole du chic, le style déployé est sobre mais distingué, fait de lignes épurées et de motifs géométriques.
Dans sa version architecturale, les éléments rectilignes horizontaux et/ou verticaux (
formant généralement un quadrillage sur les façades), les motifs anguleux sont les caractéristiques majeures de cet art à la fois fonctionnel et élégant.
Donner vie à un Art utile pour tous, conjuguer le beau au quotidien, telle est l’ambition de l’Art Déco.
A cet égard, recourant le plus souvent aux matières quelque peu brutes que sont le béton (principalement, voir infra), l’acier, le cuivre, le laiton ou l’aluminium, ce style reflète néanmoins le luxe car les artistes-décorateurs utilisent aussi des matériaux précieux tels que l’or, le cristal, l’ivoire, l’acajou, l’ébène, le galuchat, le lapis, l’amazonite, le quartz, la corne rose.
Repensant les espaces de vie en les assortissant de diverses commodités, d’espaces de rangement intégrés, redistribuant les pièces, à l’origine également d’ambiances sombres, tamisées, tout en étant chaleureuses et glamour avec des luminaires discrets et des couleurs veloutées (bleu nuit, vert sapin, rouge, rose poudrée, ou bordeaux notamment), l’intérieur Art Déco mari lui aussi l’utilitaire soigné avec un raffinement marqué par la sobriété.
L’utilisation de teintes claires en façades - blanc ou crème le plus souvent, même s’il arrive parfois de rencontrer des tons d’enduits légèrement colorés : jaune, beige, gris ou encore terre de Sienne - participe de cette élégance tout en nuance et subtilité.
II - L’Art Déco : un mouvement pluridisciplinaire autour de figures célèbres.
Se voulant l’incarnation de la modernité, ce courant esthétique concerne tous les domaines de la création, lesquels sont portés par des artistes emblématiques et dont la célébrité perdure… tant le style Art Déco est aujourd’hui prisé, côté collectionneurs (
de bijoux, bibelots, vêtements, sculptures, mobiliers, toiles, dessins, etc.) ou acquéreurs de biens immobiliers :
- la mode avec la française d’origine russe, Sonia DELAUNAY (1885-1979) qui, collaborant avec l’école d’art surréaliste et les artistes dadaïstes, introduit l’abstraction dans le monde de la couture,
- les costumes avec le russe Léon BAKST (1866-1924) en tête,
- la joaillerie, en particulier Jean DESPRES (1889-1980), concepteur de bijoux emblématiques et René LALIQUE (1860-1945), certainement le créateur de verre le plus connu au monde,
- le design avec le designer Romain de TIRTOFF (1892-1990), connu sous le pseudonyme d’Erté, créateur de mode, de décor et illustrateur de renom dont les œuvres firent la couverture du Harper's Bazaar, de Vogue et Cosmopolitan,
- le mobilier autour du très connu Émile-Jacques RUHLMANN (1879-1933) précurseur dans l’utilisation des bois exotiques, de l'ivoire et des métaux précieux,
- la laque, dont le français Jean DUNAND (1877-1942) fut l’éminent spécialiste,
- la tapisserie,
- la typographie, le graphisme et les affiches publicitaires,
- l’illustration avec Georges LEPAPE (1887-1971) influencé par l’orientalisme, les miniatures persanes et l’esthétique théâtrale populaire des Ballets russes,
- la décoration d’intérieur avec, pour ce qui est de la France, en particulier André MARE (1885-1932), Louis SUE (1875-1968) ou Jules LELEU (1883-1931).
- la sculpture autour des artistes : Dimitri CHIPARUS (1886-1947), Gustave MIKLOS (1888-1967), Joseph CSAKY (1888-1971), Jean LAMBERT-RUCKI (1888-1967), Paul JOUVE (1878-1973), Édouard Marcel SANDOZ (1881-1971), Jean DUNAND (1877-1942), John Bradley STORRS (1885-1956) ou Jacques LIPCHITZ (1891-1973),
- l’ébénisterie représentée en particulier par André SORNAY (1902-2000) et Eugène PRINTZ (1889-1948),
- la céramique avec notamment Guidette CARBONELL (1910-2008),
- la ferronnerie dont Raymond SUBES (1891-1970) est le représentant majeur pour cette période Art Déco,
- le dessin avec Paul IRIBE (1883-1935) considéré comme un des précurseurs de l’Art Déco,
- la peinture portée par la figure de proue Tamara de LEMPICKA (1898-1980) représentant des femmes modernes et fatales, incarnées entre autres par la figure de la garçonne qui fume, conduit ou pilote,
- l’architecture évidement avec, entre autres, Henri SAUVAGE (1873-1932) considéré comme un « inventeur » de l’Art Déco, Auguste PERRET (1874-1954), Robert MALLET-STEVENS (1886-1945), Charles PALMERO (1886-1971), Pierre PATOUT (1879-1965), Georges-Henri PINGUSSON (1894-1978), ou encore LE CORBUSIER (1887-1965). De son vrai nom Charles-Édouard JEANNERET-GRIS, ce célébrissime architecte, urbaniste et designeur, concepteur de « l'unité d'habitation », est indissociable du contexte Art Déco, en devient une figure incontournable quand bien même est-il finalement plus proche des idées du Bauhaus, d’un habitat standardisé, d’une esthétique stricte, d’un style aux proportions parfaitement calibrés.
Bien sûr des architectes de la Ville rose vont également apporter leur pierre à l’édifice Art Déco… toulousain (voir ci-dessous).
III - L’architecture Art Déco.
Rompant avec le style Beaux-Arts éclectique et se démarquant du style Art Nouveau de la Belle Epoque plus exubérant, organique, fait de courbes et de volutes, le mouvement Art Déco est une forme de retour à la rigueur classique, à la recherche de symétrie, à des formes stylisées.
Ce que permet le béton, matériau structurel de prédilection côté construction (
le terme d’« architecture blanche » est souvent usité pour qualifier l’Art Déco en ce domaine).
S’inspirant essentiellement du cubisme, mais aussi de la culture africaine et asiatique - cette influence internationale ayant contribué à faire de l’Art Déco un phénomène mondial -, l’ornementation et les embellissements sont simplifiés, réduits à des figures élémentaires pures, à des lignes limpides rigoureuses (droites ou circulaires), à un ordre géométrique équilibré fait de de carrés, de losanges, de triangles, de rectangles, à des motifs en chevrons, zigzags, soleils et éventails stylisés.
De sorte que les bâtiments Art Déco, certains d’entre eux tout au moins, peuvent parfois sembler austères eu égard à leur décorum souvent minime et strict (quand bien même des bow-windows et des motifs spiraux ou floraux viennent souvent casser la monotonie des façades), ou en raison de la dimension de quelques bâtiments très imposants et massifs.
C’est le cas régulièrement d’édifices publics (tel que des écoles, des administrations régaliennes, des piscines municipales, etc.), de gratte-ciels américains (à NEW YORK en particulier avec, pour les plus célèbres, le Chrysler Building inauguré en 1930 et l’Empire State Building en 1931), qu’ils soient constitués d’appartements, destinés à du logement, ou de bureaux pour des activités professionnelles, ou d’immeubles - en Amérique comme en Europe - plus modestes mais pour autant volumineux comme l’indique la dénomination choisie pour les qualifier : bâtiments de « style paquebot ».
Ces derniers s’inspirent en effet des immenses paquebots transatlantiques (tel que le Normandie, alors plus grand bateau au monde, mis en service en 1935) aux formes aérodynamiques.
Au demeurant, l’Art Déco évolue pour passer du style Zigzag Moderne, caractérisé par des corniches et parapets décoratifs, fait de motifs décoratifs géométriques angulaires, utilisant du verre polychrome et de la brique émaillée, etc., à des constructions dites Streamline Moderne ou « modernes aérodynamiques ».
Ce style fait de courbes et de formes fluides, de lignes horizontales, de toits plats, à l’aspect épuré, a surtout été exploité pour les lieux recevant du publics, tels que les restaurants, les gares routières, les stations-service ou divers magasins commerciaux.
Dans la foulée, au milieu des années 30, un autre courant voit le jour aux Etats-Unis : celui du PWA (Public Works Administration) Moderne, également appelé WPA (Works Progress Administration) Moderne.
Il caractérise des projets de grandes ampleurs (gares, barrages, ponts, palais de justice, hôpitaux, bureaux de poste, bibliothèques, universités, écoles, etc.) dans le cadre de la politique du New Deal de Franklin Delano ROOSEVELT faisant suite à la crise de 29.
Les constructions monumentales réalisées proposent des façades symétriques le plus souvent dotées de fenêtres en retrait disposées en panneaux verticaux, des châssis métalliques, des surfaces murales lisses ou en stuc, une ornementation moulée verticale, etc.
Si la Ville rose - fondamentalement horizontale, avec des immeubles de tailles modestes (
cette question est abordée dans notre billet : « La Tour Occitanie : anachronisme immobilier… désirable, symbole urbain d’une ville en quête de verticalité. ») - ne fait pas écho à ce courant PWA, son architecture n’échappe pas pour autant au mouvement Art Déco.
IV - L’Art Déco made in TOULOUSE
TOULOUSE, cité médiévale et Renaissance marquée par l’empreinte de la brique foraine depuis son utilisation par les Romains, connaît à partir des années 1920 et la fin du premier conflit mondial une mutation certaine qui se traduit notamment par l’insertion dans son paysage urbain d’un style moderniste original : l’Art Déco, à la fois international et localement adapté.
Loin d’être une simple transposition des canons parisiens, et même européens ou américains, l’Art Déco révèle en effet dans la capitale Occitane une esthétique singulière, entre modernité et enracinement régional.
Immeubles de rapport en copropriété, villas privées, équipements publics, cinémas, etc., tous expriment un renouveau architectural, une volonté d’affirmation formelle, un art de la ligne, de l’ornement géométrique, mais aussi une attention portée à l’intégration dans le tissu urbain ancien.
Pourtant, ce patrimoine reste relativement méconnu, peu identifié dans les documents d’urbanisme, rarement protégé (
même si certains biens, non protégés par les Monuments Historiques, se voient désormais attribuer le label Architecture Contemporaine Remarquable et, par ailleurs, qu’un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur - PSMV - est entrée en vigueur à TOULOUSE avec pour vocation de protéger les qualités patrimoniales de son centre historique dont les bâtiment Art Déco font partie intégrante)… alors même qu’il est une partie de l’âme moderniste de TOULOUSE, une ville que l’on croit trop souvent figée dans la seule brique ancienne.
V - Genèse et contexte de l’Art Déco à TOULOUSE.
De 1920 à 1940, la Ville rose connait une mutation urbaine favorable à l’émergence du style Art Déco, synonyme de modernité et de dynamisme.
L’entre-deux-guerres : renouveau du territoire urbain toulousain.
Héritée du Moyen Âge et de la Renaissance, la trame urbaine toulousaine ne se transforme que progressivement au début du XXe siècle, essentiellement à partir de la fin du premier conflit mondial.
S’inscrivant dans un urbanisme pré-industriel, bénéficiant de la modernisation des infrastructures, réseaux divers et moyens de transport, la ville a certes commencé à connaitre un renouveau architectural au tournant du siècle, notamment avec le courant Art Nouveau (
voir notre étude précitée sur ce mouvement et ce contexte), mais c’est le prolongement de ce dernier qu’incarne - en tant que style novateur - l’Art Déco, dans l’ombre du classicisme de la brique, des toitures en tuiles canal et des constructions haussmanniennes assez tardives par comparaison avec d’autres agglomérations françaises, qui change la donne.
Et, de fait, l’Art Déco est bien plus présent à TOULOUSE que l’Art Nouveau ; plus riche, plus industrialisée qu’elle ne l’était au début du siècle, ce style architectural de l’entre-deux-guerres s’y implante plus aisément, comme l’illustreront ci-après de nombreux exemples.
Concrètement, alors que le tissu historique assez dense du centre-ville s’oppose à une périphérie encore peu construite, les années 1920-1940 vont voir se mettre en place une dynamique d’étalement, portée par une croissance démographique régulière impliquant la construction de nouveaux logements, la résolution de l’insalubrité publique des quartiers les plus anciens, une politique volontariste d’équipements publics (traitée dans le paragraphe suivant) et une transformation du mode de vie urbain.
L’extension de la ville suit alors des axes anciens : routes de Bayonne, de Castres, de Narbonne, de Paris, qui structurent les nouveaux quartiers d’habitat.
C’est là une période d’expérimentations de modèles d’habitations individuelles et de logements collectifs très marquée par l’architecte Jean MONTARIOL (voir infra).
Des lotissements voient le jour dans les faubourgs de Bonnefoy, de Saint-Michel et de Saint-Agne ou encore dans les quartiers des Chalets, des Minimes, de Saint-Cyprien, le plus souvent des HBM : habitations à bon marché (voir ci-après).
Dans cette logique de politique sociale, plusieurs cités-jardins sont également créées :
- la Cité-jardin Croix-Daurade le long de l'impasse Louis-Bertillon, à l’angle de la rue Auguste-Luchet,
- la Cité-jardin Croix-de-Pierre autour des actuelles rue Pierre-Bourthoumieux, rue François-Ricardie et rue des Graviers,
- la Cité-jardin Fontaine-Lestang, actuelles rue Jacques-Gamelin, rue de Caen, rue Saint-Malo et rue des Turres,
- la Cité-jardin Juncasse sur le secteur de la place de Soupetard, au croisement de la rue Louis-Plana, de l’avenue de l’Hers et de l’avenue de la Juncasse,
- la Cité-jardin Lalande le long du chemin des Izards et desservie par la rue des Cerisiers, la rue des Pêchers et la rue des Violettes, la Cité-jardin de Limayrac située au carrefour de la rue Raynaud et de la rue de Cambigue, entre le boulevard Deltour et la rue de Limayrac,
- la Cité-jardin du Nord implantée entre l’avenue des États-Unis et l’avenue de Fronton, autour de l’actuelle place Ferdinand-Fauré, elle est traversée par la rue des Érables, la rue Marius-Dulong, la rue Hilaire-Pader et la rue Alfred-Nobel,
- la Cité-jardin du Pont-des-Demoiselles construite entre l’avenue de Lespinet et le boulevard de la Méditerranée, autour de la rue de l’Aviation et de la rue de la Marine.
De façon générale, ces secteurs deviennent des « laboratoires » pour une architecture domestique moderne, où l’influence de l’Art Déco, alors en vogue, s’avère prégnant.
Le volontarisme politique à l’origine d’une urbanité plus moderne.
La municipalité toulousaine, sous la conduite de personnalités comme le maire Paul FEUGA (1863-1939), en poste de 1919 à 1925, et Etienne BILLIERES (1876-1935), maire de 1925 à 1935, développe une politique de modernisation urbaine.
Elle favorise la construction d’équipements publics novateurs et pratiques (bâtiment scolaire, bain-douche municipal, bureau de poste, etc. répertoriés ci-après), souvent confiés à des architectes formés à l’École des Beaux-Arts de TOULOUSE (voir infra) qui expriment alors une esthétique nouvelle, dans l’air du temps.
Marquées par la crise économique, les années 30 voient également l’intervention d’organismes publics ou parapublics (l’influence de la politique keynésienne américaine, celle du New Deal sus évoquée, est patente), tel que l’Office public d’habitations à bon marché (OPHBM, ancêtre des OPHLM) créé en 1921 à TOULOUSE par Paul FEUGA.
Cette intervention de la puissance publique, inédite jusque-là, introduit une architecture plus standardisée, mais néanmoins soucieuse de modernité.
L’Art Déco s’y insinue par des jeux de volumes, l’utilisation de matériaux nouveaux (le béton en particulier : voir ci-après le Titre VI), un ornement géométrique réduit et pour autant sophistiqué.
L’ensemble HBM du Grand Rond, entre le square Boulingrin et le Canal du Midi (rue Abel Autefage, rue Jean Aillet, rue de Tivoli et allée des Soupirs), que l’on doit à l’architecte Robert ARMANDARY (voir infra), est emblématique de cette période toulousaine où Art Déco et politique publique se rencontrent, tout comme la cité Bonnefoy - dénommée aussi ou cité des Cheminots - réalisée par Jean MONTARIOL rue Jean Aicard (voir infra).
Une culture architecturale locale en transition.
Si l’académisme Beaux-Arts demeure prégnant à TOULOUSE comme dans une majorité de villes de province, à l’instar des innovations qui se déploient à PARIS et à l’étranger, les architectes toulousains, en particulier la nouvelle génération, sont sensibles aux motifs, volumes et matériaux résolument nouveaux.
L’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de PARIS en 1925 - manifeste éclatant de cette nouvelle esthétique, diffusant ses principes à travers le monde - n’y est pas étrangère.
Trouvant à TOULOUSE un terreau fertile pour s’épanouir, son impact est certain, tant sur eux, que sur les commanditaires (municipalité, bourgeoisie, commerçants ou investisseurs immobiliers) ayant l’assise financière pour recourir au talent et à l’inventivité de ses architectes novateurs.
Au cœur de la Ville rose, le style Art Déco est pour eux un moyen d’expression privilégié car il permet d’instaurer un équilibre entre tradition et modernité.
Se nourrissant du contexte local, il puisse dans l’héritage architectural existant tout en affirmant une identité propre.
De sorte que l’urbanité toulousaine ne va pas connaitre une rupture brutale avec la brique, mais plutôt un enrichissement par croisement, adaptation au contexte local.
Parmi tous les architectes œuvrant au renouveau de la capitale Occitane
via l’introduction de ce mouvement Art Déco, citons parce qu’ils en sont particulièrement représentatifs :
Michel MUNVEZ (1907-1967) à qui l’on doit notamment :
Un immeuble pur style paquebot à l’angle de la rue Caussette et de la rue du Rempart Villeneuve, à proximité du marché Victor Hugo :

Un autre immeuble à l’angle rue de la Balance et de l’impasse Mas dans le quartier des Chalets :

Cet immeuble, boulevard Michelet, face à l’église Saint-Aubin :

La maison du docteur Girard boulevard Crampel, jouxtant le Pont des Demoiselles :

Cet immeuble rue Ringaud, quartier Bonhoure :

L’immeuble Bertoluzzi à l’angle de la rue Caraman et de la rue Delacroix dans le quartier Saint-Aubin, à proximité du boulevard Lazare Carnot :


L’immeuble Bankaert au milieu de l’avenue Honoré Serres, « frontière » entre les quartiers Les Chalets et Compans-Caffarelli :

Jean MONTARIOL (1892-1966), architecte en chef de la ville nommé en 1929 après avoir été l’adjoint à ce poste de Jules MILHOZ (
1876-1939 ; architecte en chef de la Ville à compter de 1912, il initie par certains bâtiments le style Art Déco, tel que les groupes scolaires Matabiau et Jean-Jaurès, dit également du Busca : voir infra), va devenir la figure majeure de l’architecture Art Déco de la Ville rose.
En effet, ce bâtisseur de la modernité toulousaine est à l’origine entre autres :
- de la bibliothèque municipale (BM) rue du Périgord (voir infra),
- des kiosques de l’esplanade François Mitterrand, jouxtant les allées Roosevelt à côté de la Place Wilson (voir infra),
- du kiosque de la Place du Salin (voir infra),
- du kiosque de la Place Héraclès (voir infra),
- du kiosque de la Comédie sur le boulevard de Strasbourg, à l’angle de la rue du Rempart-Matabiau (voir infra),
- de nombreux groupes scolaires : école élémentaire et maternelle Jules Julien, école élémentaire et maternelle Jules Ferry, école élémentaire Fabre, école élémentaire Ernest Renan, école élémentaire et maternelle La Juncasse (voir infra),
- des bains-douches comme ceux de Saint-Cyprien, place Jean Diebold, ou de la place Dupuy à l’angle de la rue du Pont Guilheméry et rue de la Charité (voir infra),
- de vespasiennes ; la majorité de ces urinoirs publics ont disparu (ceux de la Place du Capitole notamment), mais il en subsiste un à l’angle du quai Saint-Pierre et de la place Saint-Pierre (voir infra),
- piscine municipale Alfred NAKACHE et salle des fêtes Jean MERMOZ implantées sur l’Ile du Ramier (voir infra),
- de la Bourse du Travail place Saint-Sernin (voir infra).
Edmond PILETTE (1882-1973) dont l’empreinte Art Déco à TOULOUSE est significative avec son œuvre colossale : le lotissement Gontaud-Biron constitué :
- de la maison Guignard square Boulingrin :

- de l’hôtel particulier Calestroupat square Boulingrin :


- de l’immeuble Jourdet square Boulingrin :
S’ajoute à cet ensemble inscrit au titre des monuments historiques en 2018, entre autres :
- sa maison - dit Hôtel Pilette - rue d’Aubuisson :
- l’immeuble Bonzom, rue Saint-Bernard (jouxtant presque le siège de la Société Domicilium) :
La particularité de cet immeuble - à la façade faite d’ondulations discrètes plutôt qu’à la saillie de bow-windows plus caractéristiques de l’Art Déco - est le choix de briques en ciment et non en terre cuite si traditionnelle dans la Ville rose.
- l’immeuble Maurice, rue Peyrolières, quartier de la Bourse :

Joseph GILET (1876-1943) et son fils Jean-Louis GILET (1902-1964) à l’origine :
- de l’immeuble Gilet rue de la Brasserie :
- l’immeuble Espitalier rue des Potiers :

- de l’immeuble Sicre rue des Couteliers :

- de l’immeuble Bancal (réalisé avec son père Joseph) rue de Bayard :

- de la Villa Grau, rue François Mansard dans le quartier Marengo-Bonnefoy :
Léon JAUSSELY (1875-1932) très grand architecte à qui l’on doit deux œuvres fondamentales de l’art Déco toulousain :
- la Poste Saint-Aubin construite en 1928 à l’angle de la rue Pierre-Paul Riquet et de la rue Camichel (voir infra),
- l’ancien siège du quotidien La Dépêche du Midi inauguré en mai 1927 rue Alsace-Lorraine :
Œuvre architecturale majeure de l’Art Déco, sa façade, parfaitement symétrique, composée de trois travées, rappelle avec son pignon l’architecture flamande.
Inspiré des mosaïques néo-byzantines, elle est ornée par les mosaïstes Alphonse GENTIL (1872-1933) et François BOURDET (1874-1952) dont la célèbre entreprise « Gentil, Bourdet et Cie, grès, céramique pour la construction, l'ameublement » implantée à BOULOGNE-BILLANCOURT va contribuer à l’essor et au rayonnement de l’Art Nouveau (
voir sur ce mouvement notre billet précité) et ensuite de l’Art Déco sur tout le territoire national.
Vecteur alors essentiel d’information, La Dépêche est incarnée par une déesse ensoleillée, comme veut l’être le journal régional.
Cet architecte, grand prix de ROME, est aussi à l’origine du Monument à la Gloire des Combattants de la Haute-Garonne ; cet arc de triomphe situé au début des allées Forain François Verdier associe l’Art Déco à l’architecture romaine antique (
voir infra).
Robert ARMANDARY (1900-1966), architecte souvent associé aux lieux de loisirs, qui réalise entre autres :
- le portique d'entrée de la Piscine Alfred NAKACHE, dit "Minaret", située sur l’Ile du Ramier (voir infra),
- l’ex cinéma UGC, actuellement en travaux pour devenir la future FNAC (voir infra),
- l’ensemble HBM du Grand Rond (évoqué supra), face au square Boulingrin, rue Abel Autefage, rue Jean Aillet, rue de Tivoli et allée des Soupirs :





- des maisons rue Saint-Bernard ; celle-ci seul :
Celles-là avec Jules CALBAIRAC (1857-1935) :
Pour l’ensemble de ces maisons mitoyennes, toutes dotées d’un perron extérieur, formant une composition en enfilade particulièrement harmonieuse, l’appellation Groupement Saint-Bernard est retenu dans le permis de construire
Jules CALBAIRAC (voir ci-dessus) concepteur notamment des maisons de la rue Saint-Bernard sus-évoquées.
Bernard DARROQUY (1931-) à qui l’on doit, entre autres, l’immeuble Sarlotène (nom du notaire commanditaire) rue de la Pomme, une œuvre art déco toulousaine dès plus aboutie ; cet immeuble se verra du reste inscrit au titre de Monument Historique en 2006 et recevra également le label Architecture Contemporaine remarquable :

David MORETTI concepteur notamment (
en collaboration ici avec Joseph THILLET : 1850-1937) de l’immeuble Subra à l’angle du boulevard Lazare Carnot et de la rue Idrac :

Ou encore de cet immeuble rue Saint-Hilaire dans le quartier des Chalets :

Mais aussi de maisons, rue Ringaud par exemple :

Jean VALETTE (1876-1961) à l’origine de plusieurs maisons et immeubles toulousains, notamment :
Avenue François Frizac et angle allée des Demoiselles :

Grand Rond - Square Boulingrin :

Rue des Potiers :
Avenue Camille Pujol :

L’hôtel Ours Blanc, à l’angle de la rue Victor Hugo et de la rue d’Austerlitz :

Raymond ISIDORE (1879-1931) a qui l’on doit :
- L’immeuble Vernazobre, rue Bégué-David, dans le riche quartier du Busca :


- Le Monument aux Morts de TOULOUSE, au centre du cimetière de Salonique, construit en collaboration avec l’entreprise VIREBENT (voir infra).
VI - Singularité de l’Art Déco toulousain.
Soufflant un vent de modernité et de progrès sur la Ville rose, reflet d’un optimisme retrouvé au sortir de la guerre, l’Art Déco toulousain, tout en s'inscrivant dans le mouvement international, développe des spécificités locales.
En recherche d’un impact visuel par la géométrie et la composition des volumes (souvent massifs, mais équilibrés), l’Art Déco se déploie d’autant plus qu’il bénéficie de nouveaux matériaux de construction, à commencer par le béton armé.
Offrant des possibilités structurelles inédites, il permet des formes audacieuses par rapport à ce qui est construit auparavant, des plans plus libres et des ouvertures plus importantes.
Il en résulte notamment une modification de l’aspect des façades, souvent à trois travées avec bow-window central.
Enjeu de composition mêlant régulièrement symétrie classique et motifs géométriques décoratifs, ces dernières jouent toujours un rôle de marqueur social, sont LE signe extérieur d’une urbanité réinventée.
Mais TOULOUSE sans la brique ne serait pas TOULOUSE… de sorte que l’Art Déco toulousain exploite aussi ce matériau identitaire par excellence de la ville.
Elle n’intervient plus à proprement parler dans la structure porteuse, mais souvent combiné avec des éléments en pierre ou associée à des éléments d’enduit colorés elle joue un rôle important de parement décoratif, permet des jeux de calepinage, crée des contrastes en jouant sur plusieurs tons.
Cette hybridation brique traditionnelle toulousaine/béton armé contribue à faire émerger un Art Déco singulier, teinté de régionalisme, à l’instar de la Poste Saint-Aubin ci-dessous dotée de pilastres en briques :
… tout en adoptant néanmoins efficacement un rationalisme propre au mouvement architectural référence du moment, fait de formes géométriques, de lignes aussi épurées qu’élégantes, sobres mais stylées, fonctionnelles (l’apport des théories hygiénistes de l’époque contribuent à la recherche de lumière et d’aération ; le besoin de confort est également une préoccupation de de plus en plus prégnante) mais glamours.
Cet Art Déco à la mode toulousaine se traduit aussi par l’existence de toit terrasse très représentatif de ce style novateur, mais aussi par des couvertures traditionnelles à faible pente en tuile plates ; toitures souvent cachées par des relevés d’acrotère ou des corniches saillantes.
La ferronnerie (garde-corps, rampes, clôtures, grilles de porte, d’imposte, balustrade) travaillée (souvent spiralée), les mosaïques et parfois la céramique viennent aussi agrémenter les constructions Art Déco de la Ville rose ; tel est le cas par exemple du majestueux ancien siège du quotidien régional La Dépêche du Midi (évoqué supra) :
L’Art Déco toulousain se caractérise en effet assez souvent par des motifs décoratifs qui concernent des détails de la construction, les enjolivent via une touche décorative au goût du jour.
Plus globalement cette esthétique novatrice bénéficie aussi des progrès techniques qui lui permettent de proposer des corniches (sus-évoquées) et encadrements produits en série, des moulures à cannelures, à baguettes, des baies plus ou moins élargies équipées de menuiseries en bois peint et de persiennes métalliques ou de volets roulants en bois aux coffres intégrés, des ouvertures hublots, des pans coupés à 45° en volume (plan horizontal) ou en façade (plan vertical), des petites fenêtres arrondies (oculi) ou losangés, hexagonale ou octogonale, des travées symétriques, des halls d’entrée majestueux et des escaliers plus ou moins monumentaux.
D’inspiration nautique, le style paquebot (évoqué supra dans le Titre III), appelé aussi style années 30, est également présent à TOULOUSE avec des constructions aux volumes en général lourds, très en rondeurs, sans pour autant que la brique ne disparaisse puisque utilisée en parement.
Ce qu’illustrent l’ensemble HBM (habitations à bon marché voulu par la Ville évoquées supra dans notre Titre V) du Grand Rond, avec son immeuble à l’angle de la rue Autefage et de la rue Jean Aillet construit par Robert ARMANDARY, ou encore l’immeuble Benjamin - pur style paquebot - situé à proximité du marché Victor Hugo, rue du Rempart Villeneuve, édifié par Michel MUNVEZ (sur ces architectes, se reporter également ci-dessus au niveau du titre V).

VII - Réalisations emblématiques de l’Art Déco dans la Ville rose.
A l’image de la plupart des villes du monde où il s’ancre, l’Art Déco toulousain concerne :
Les lieux à usage d’habitation.
Qu’il s’agisse de maisons, villas, hôtels particuliers et immeubles constitués d’appartements, ce style essaime dans les quartiers prisés du centre-ville de TOULOUSE, mais également dans différents secteurs du « péricentre », au-delà du Canal du Midi ou de la Garonne.
Nous avons déjà répertorié un grand nombre de ses logements en les associant à leurs architectes (
point V) ; en voici d’autres constitutif d’une liste qui à défaut d’être totalement exhaustive s’avère néanmoins complète et représentative du patrimoine Art Déco toulousain.
Quartier Alsace-Lorraine et Victor Hugo
- immeuble Art Déco rue Rivals, anciennement occupé par le quotidien La Dépêche (aujourd'hui par le Comité Régional du Tourisme Occitanie) qui avait alors son entrée principale, majestueuse, rue Alsace Lorraine (voir partie V et VI ci-dessus) :
- immeuble Art Déco, dénommé Sarradell et Arnaud, rue Rivals pensé par l'architecte P. CH. HANGUET :
Quartier Ozenne
- immeuble Art Déco rue Ozenne constitué d'appartements en étage et d'une boutique en rez-de-chaussée :

Quartier Esquirol et Saint-Etienne
- immeuble Grimaud rue de Metz réalisé par l'architecte Fernand LONGUET, à usage d'habitation et commercial au rez-de-chaussée :
- immeuble Art Déco rue de la Trinité :
Quartier Victor-Hugo
- immeuble dit Descous, remanié art Déco en 1935, rue du salé ; œuvre de l'architecte Louis BERTY :
Quartier Saint-Sernin et Arnaud Bernard
- immeuble Art Déco rue des Puits Creusés, connu sous l'appellation immeuble Sengès, construit par l'entrepreneur Charles ORSINI :
- immeuble de style Art Déco à usage d'habitation et à usage commercial en rez-de-chaussée place Arnaud Bernard :

- immeuble Art Déco faisant angle avec la rue des Trois-Piliers et la rue de l'Hirondelle, élaboré par l'architecte Louis ANDRAU :
Quartier Compans-Caffarelli et Brienne
- deux maisons Art Déco côte à côte rue Lancefoc :
- immeuble Art Déco rue Lancefoc :
- bâtisse Art déco rue Lejeune :
- maison Art Déco boulevard du Maréchal-Leclerc :
- l'immeuble Leclerc, avenue du Maréchal Leclerc à l'angle des allées de Barcelone :

Quartier Saint-Aubin
- immeuble Art Déco double destination (appartement et commerce) en haut de la rue Gabriel Péri :
- immeuble dénommé Washington (composé de logements et commerces) rue Gabriel Péri (à l'angle de la Place de Damloup) pensé par l'architecte Maurice BARTHET :
- immeuble Art Déco faisant face à l'église Saint-Aubin à l'angle du boulevard Michelet et de la rue Pierre-Paul Riquet ; ouvrage de l'architecte Michel MUNVEZ (voir supra) :
- immeuble Art Déco sur le boulevard Paul Riquet face au Canal du Midi :
Quartier Jeanne d’Arc
- boulevard de Strasbourg :

- rue Joseph Bosc, la maison Baylet construite par l’architecte DPLG Louis Paul Marie CORLOUER (1894-1982) :
Quartier Bayard - Matabiau
- immeuble Art Déco à l'angle de la rue Roquelaine et de la rue Saint-Orens (référence au style paquebot ; voir supra) :
- immeuble art Déco rue de Saint-Orens :
- immeuble Art Déco à usage mixte (appartements et commerces) rue Matabiau :
- vaste maison d'angle à l'intersection de la rue Matabiau et de la rue Sainte-Marthe :
Quartier Chalets et Concorde
- maison Art Déco à l'angle de la rue Borios et de la rue du Capitaine Escudié :
- maison Art Déco à l'angle de la rue Christophe Colomb et de la rue du Commissaire Philippe :
- maison Art Déco rue Claire Pauilhac :
- maison Art Déco rue de Coulmiers :
- maison Art Déco rue du Capitaine Escudier construite par l'architecte Edouard LINOU :
- petit immeuble Art Déco original rue Saint-Henri avec ses assemblages en relief (calepinages) :
- immeuble Art Déco rue de la Concorde, à usage d'habitation et de commerce au niveau du rez-de-chaussée :
- maison style Art Déco rue d'Orléans :
Quartier Chalets-Compans Caffarelli
- immeuble à usage mixte (logements et un commerce) à l'angle de l'avenue Honoré Serres et de la rue Godolin, œuvre de l'architecte Paul DESPREZ :
- immeuble au milieu de l'avenue Honoré Serres avec un restaurant au rez-de-chaussée et des appartements aux étages :
- maison Art Déco située sur l'avenue Honoré Serres :
Quartier des Minimes
- maison Art Déco rue du Professeur Jammes :
- maison Art Déco rue Gutemberg :
- ensemble immobilier Art Déco - maison et commerce - à l'angle de l'avenue Frédéric Estèbe et du boulevard Pierre et Marie Curie :
Quartiers les Raisins
- maison style Art Déco rue de Tunis :
Quartier Bonnefoy
- la cité Bonnefoy, ou cité des Cheminots, rue Jean Aicard. Cet ensemble HBM (habitation à bon marché ; voir supra) est réalisée en 1931 par l’architecte Jean MONTARIOL :


- un ancien garage devenu restaurant situé sur le Faubourg Bonnefoy :

- une grande bâtisse à l'angle de la rue de Périole et de la rue Claude Perrault :
Quartier Marengo et Jolimont
- maison Art Déco au 35 rue Bernard Ortet et 2 rue du Général Tauoin :
- maison Art Déco, dominant la ville, rue Jolimont :
Quartier Marengo
- immeuble Art Déco à usage mixte (habitation et commercial) rue du Général Jean Compans :
- immeuble Art Déco rue Jean Micoud :
- immeuble Art Déco à l'angle de la rue du Général Jean Pégot et de la rue Bertrand Clauzel :
- maison Art Déco à l'angle de l'avenue du Cimetière et de la rue Saint-Paul :
Quartier Soupetard
- villa Art Déco rue Monié :
- maison Art-Déco avenue Jean Chaubet :
Quartier Guilhemery
- immeuble Art Déco avenue Camille Pujol (bow-windows et fenêtres hublot) élaboré par l'architecte Henri BODET avec pour maitre d’œuvre Aldéric BARTHET :
- immeuble Art Déco avenue Camille Pujol :
- maison Art Déco située sur la place Marius Pinel :
- immeuble Art Déco faisant angle avec les rues Jean Micoud et Coupeau :
- demeure Art Déco rue Jean Micoud :
- trois villas Art Déco rue Ringaud :
- maison art Déco rue Henri Regnault :
- maison Art Déco rue Montjoie :
Quartier Saint-Michel - Busca
- maison Art Déco rue Marceau :
Quartier Busca/Jardin des Plantes
- immeuble et maison mitoyenne rue Mondran, œuvre de l’architecte Pierre FERES (1911-1972) :
- la maison Fournier, rue Georges Picot, pensée par l’architecte Pierre FORT (1898-1980) et construite par l’ingénieur et entrepreneur Jean Gibert :

- maison mitoyenne d'un côté avenue Frizac :
- beau bâtiment Art Déco ayant un usage à triple destination (habitation, professionnel et commercial) rue Léo Lagrange :
Quartier Côte Pavée
- la villa caractérisée par un jeu de volumes 116 boulevard Deltour :

- la villa Malda-Gora rue du Docteur Charles Bonneau réalisée par l’architecte Pierre FORT associé à l’ingénieur et entrepreneur Jean GIBERT (mentionnés ci-dessus pour une maison rue Georges Picot) :
- vaste maison Art Déco d’inspiration basque boulevard Deltour :
- ensemble de deux maisons au 25 rue Cambigue et au 61 boulevard Deltour :
- maison mitoyenne Art Déco au milieu de l'avenue Jean Rieux :
Quartier Saint-Cyprien
- immeuble Art Déco rue de Cugnaux :

Quartier Croix de Pierre
- immeuble Art-Déco à l'angle de l'avenue de Muret et de la rue d'Ales, en cours de rénovation (permis de construire affiché) :

- immeuble Art Déco à l'angle de l'avenue Henri Barbusse et de rue de l'Ourcq :
- immeuble Art Déco à l'angle de la rue de l'Ourcq et de la rue Sainte-Odile :
- vaste maison Art-Déco à la jonction de la rue des Ondines, de la rue de l'Ourcq et de la rue de l'Oasis, face à la place Yvonne Lucienne Curvale, dominant la Garonne, protégée par sa digue :
- imposante maison Art-Déco à l'angle de la rue de l'Ourcq et de la rue d'Ox :

- deux villas Art Déco rue des Ondines :
Quartier Empalot
- la cité du Calvaire rue du Férétra signée Jean MONTARIOL (voir supra) :
Quartier Croix-Daurade
- immeuble Art Déco route d'Albi :
Les lieux à usage professionnel ou commerciaux.
Des entreprises ou sociétés souhaitant projeter une image dynamique recourent en ce sens à l’Art Déco, alors résolument avant-gardiste.
- l’ancien immeuble du journal La Dépêche du Midi rue Alsace-Lorraine, œuvre magistrale de l’architecte Léon JAUSSELY (voir supra).
- la Brasserie le Pyrénéen : institution toulousaine proposant depuis plus de 100 ans une cuisine française typique… et un décor parfaitement conservé a admirer allées du Président Franklin Roosevelt, à deux pas de la Place Wilson :
- l'immeuble industriel Art Déco accueillant un restaurant en haut de la rue Gabriel Péri :
- le bar de quartier Art Déco situé à l'angle de la rue de Negreneys et du boulevard Pierre et Marie Curie :
- les parfumeries Berdoues (inventeur de la fragrance à la violette) installées dans un édifice Art Déco rue du Professeur Jammes :
- ancien garage dans un immeuble Art-Déco devenu un supermarché bio sur la route d'Albi :
- immeuble commercial Art Déco au 1 avenue Honorée Serre (rond point Arnaud Bernard), ancienne pharmacie Subra actuellement en travaux :
- l'hôtel Le Grand Balcon devant la Place du Capitole, à l'angle de la rue Romiguières (son entrée) et la rue des Lois :
- les kiosques situés sur l’esplanade François Mitterrand, entourée par les Allées du Président Franklin Roosevelt. Construits en béton armés entre 1930 et 1931 sur les plans de l’architecte Jean MONTARIOL, ils sont alors destinés à la vente de journaux, confiseries et fleurs. Au nombre de six à ce jour, ces kiosques d’une surface de 3m2 sont désormais exploités dans le cadre d’une concession de service octroyée par la Mairie à une entreprise qui propose du street-food, de la cuisine du monde, des pâtisseries, des compositions florales et des produits locaux :

- le kiosque de la Place du Salin ; là aussi, cet équipement de la ville conçu par Jean MONTARIOL en 1927 résulte de la volonté de la municipalité SFIO de l’époque :

- le kiosque de la Comédie, billetterie pour les concerts et spectacles ; construit lui aussi à partir des plans de Jean MONTARIOL (entre 1931 et 1932), il est situé sur le boulevard de Strasbourg, au niveau de la rue du Rempart-Matabiau :

- le kiosque de la Place Héraclès ; œuvre, là encore, de Jean MONTARIOL ; cet édicule est destiné aujourd'hui au club de boule du quartier :

- l’usine JOB route de Blagnac, immense bâtisse paquebot pensé par les frères Pierre et Antoine THURIES (voir supra) :

- l’usine hydroélectrique située avenue du Grand Ramier, sur l’Ile du Ramier, réalisée par René Victor KIEGER (1903-1957) constructeur le plus souvent associé au monde industriel :
Les monuments publics et édifices destinés au public.
Soucieux de marquer leur époque, de favoriser un bien-être commun en apportant un confort moderne à leurs administrés et citoyens, des élus toulousains (
voir supra le Titre V) optent aussi pour des bâtiments Art Déco.
Verront ainsi le jour :
- la bibliothèque municipale (BM) rue du Périgord réalisé par l’architecte Jean MONTARIOL ; l’utilisation du béton armé a permis d’immenses ouvertures, rectangulaires et hautes qui offrent une luminosité exceptionnelle, tout comme à l’intérieur une somptueuse coupole d’aspect solaire permet des jeux de lumières :
A l’extérieur, des sculptures d’Henry PARAYRE (1879-1970) :

- la Poste centrale du Capitole dessinée par les frères Pierre et Antoine THURIES (voir supra), ce dernier étant alors l’architecte régional des PTT ; édifiée rue Lafayette (et traversante jusqu’à la rue J-F Kennedy), avec ses 1600m2 de béton, cette Poste monumentale est après la guerre la plus grande et la plus moderne de France :

- la Poste Saint-Aubin à l’angle de la rue Pierre-Paul Riquet et de la rue Charles Camichel réalisée par Léon JAUSSELY (évoqué supra) :

- les bains-douches, ceux de Saint-Cyprien, place Jean Diebold démolis dans les années 90 et devenus une annexe de la Mairie :
ou ceux de la Place Dupuy, à l’angle de la rue du Pont Guilheméry et rue de la Charité également construit également par Jean MONTARIOL, transformés un temps en hôtel avant d’accueillir l’école de commerce « Euridis Business School » :

- des urinoirs publics (vespasiennes) à l’angle du Quai Saint-Pierre et de la Place Saint-Pierre :


- le Parc municipal des sports de l’Ile du Ramier avec notamment sa piscine monumentale, la plus grande d’Europe lors de son inauguration en 1931 (devenu piscine Alfred NAKACHE en 1944 en mémoire de ce champion - recordman du monde du 200 mètres papillon - déporté avec sa famille dans les camps de la mort par les nazis ; sur cette question historique, voir notre étude en deux parties : « Partie I - TOULOUSE et l’Histoire : il y a 80 ans, la Résistance libère la ville. Visite guidée inédite - anniversaire hommage. »), un gymnase et son stade vélodrome d’environ 30000 places dont la construction s’achève après-guerre seulement, en 1949, baptisé par les toulousains eux-mêmes le Stadium (antre des violets du TFC - le Toulouse Football Club -, plusieurs fois modernisé, il offre à ce jour 33150 places). Ensemble immobilier porté essentiellement par Jean MONTARIOL (avec l’ingénieur Charles BARUTEAUD) et plus accessoirement par Robert ARMANDARY (concepteur du portique d’entrée de la Piscine ; voir supra) ; les sculptures étant l’œuvre d’Henri PARAYRE (évoqué supra).




- la salle des fêtes Jean MERMOZ également sur l’Ile du Ramier conçue, elle aussi, par Jean MONTARIOL :


- le kiosque à musique de la place Marius Pinel, œuvre également de Jean MONTARIOL :

- la Bourse du Travail inauguré en 1931 place Saint-Sernin (édifiée sur la base des plans de Jean MONTARIOL ; voir supra sur cet architecte) avec sur sa façade des reliefs illustrant les métiers de menuisier, employé de bureau, boulanger, forgeron, agriculteur, etc. ; symbole de l’activité syndicale et de la culture ouvrière, ce bâtiment en béton aux lignes pures est le siège de la CGT :


- de nombreux groupes scolaires :
- école élémentaire et maternelle Jules Julien, quartier Rangueil :
- école élémentaire et maternelle Jules Ferry, quartier La Vache, angle avenue de Fronton et rue Jules Ferry :
- école élémentaire Fabre, quartier des Carmes, angle rue de la Dalbade et rue Pierre Brunière et angle rue Saint-Rémésy et rue Pierre Brunière :
- école élémentaire Ernest Renan, quartier les Trois Cocus,
- école élémentaire et maternelle La Juncasse, quartier Roseraie et Soupetard :
toutes œuvres de Jean MONTARIOL.
Mais aussi :
- école élémentaire et maternelle Matabiau, localisée au milieu de la rue Matabiau, œuvre de Jules MILHOZ (évoqué supra) :
- école élémentaire et maternelle Jean-Jaurès, appelée aussi « groupe scolaire du Busca », située avenue Frizac ; également conçu par Jules MILHOZ.

- l’école nationale supérieure d’ingénieur de constructions aéronautiques (ENSICA) depuis 1961, ancienne école vétérinaire construite par Emmanuel LECLAINCHE (1861-1953 ; vétérinaire et microbiologiste, ainsi qu’inspecteur général des écoles nationales vétérinaires) sur la base des plans de l’architecte Charles LEMARESQUIER (1870-1972), et désormais la nouvelle Cité Administrative toulousaine avenue Henri-Guillaumet, dans le bas du quartier Jolimont,


- l’amphithéâtre Cujas de l’actuelle Université Toulouse Capitole - faculté de droit - rue Albert Lautmann (création avec la participation de son homologue Joseph THILLET, mentionné supra) :

- l’ex cinéma UGC, future FNAC une fois les travaux en cours terminés qui conservent sa façade blanche, immaculée, Art Déco dotée de décorations en bas-relief, une découpe très géométrique avec quatre colonnes colossales, de grandes baies, etc. ; cet immeuble de 1930, dénommé à l’origine Les Variétés, est pensé par Robert ARMANDARY (voir supra) comme lieu de spectacles pour le théâtre et le cinéma.

Des monuments sont également édifiés dans le style Art Déco, principalement :
- l’imposant Monument aux Morts officiel de TOULOUSE qui rend hommage aux poilus de la terrifiante guerre 14-18. Œuvre de Raymond ISIDORE (voir supra), en collaboration avec l’entreprise VIREBENT, il est situé au centre du Cimetière de Salonique, dans le prolongement du cimetière Terre Cabade après avoir franchi le Chemin de Caillibens :

- le plus connu des toulousains en raison de sa localisation au début des allées Forain François Verdier, le Monument à la Gloire des Combattants de la Haute-Garonne réalisé par Léon JAUSSELY entre 1923 et 1928 dans u style combinant art Déco et architecture romaine antique (évoqué supra) :
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En guise de conclusion
TOULOUSE ville rose et d’art… Déco !
L’Art Déco toulousain, loin d’être une parenthèse ou un style marginal, constitue une séquence significative de la modernisation de la ville entre 1920 et 1940 (la seconde guerre mondiale marquant le glas d’une période de légèreté, surtout jusqu’en 1930).
Ne se résumant pas à une simple transposition de modèles exogènes, n’ayant jamais cherché à imiter ni a fortiori à concurrencer le prestige des réussites architecturales parisiennes, il a su développer une esthétique propre, singulière car hybride, enracinée dans le contexte local mais ouverte à l’innovation.
Le patrimoine ainsi légué est porteur d’une mémoire sociale et esthétique, d’un art de bâtir qui a su, le temps d’une génération, allier tradition et innovation dans une ville se résumant trop à la seule couleur rose, à une homogénéité chromatique unique.
Eric MASSAT - Direction de Domicilium
Docteur en Droit, Expert du marché immobilier.
Fondateur et co-gérant de Domicilium. Depuis 2007 société pionnière et leader de la chasse immobilière en Haute-Garonne et Occitanie.
Ancien Avocat au barreau de Toulouse, ancien
Enseignant et Chercheur à UT1 (Université Toulouse Capitole) et à l’IEP de Toulouse.
Depuis 1993 au centre de la vie économique, sociale et culturelle toulousaine.
Publié le lundi 01 juin 2026